Clinostomum complanatum chez les poissons : répartition et risques en France
Répartition du parasite Clinostomum complanatum chez les poissons d'eau douce en France
Introduction
Le parasite Clinostomum complanatum, un trématode d'intérêt vétérinaire et médical, est responsable de la clinostomose chez de nombreuses espèces piscicoles et peut occasionnellement infecter l'humain. Cette étude s'intéresse à la distribution géographique de ce parasite chez les poissons d'eau douce en France, domaine encore peu documenté malgré les risques sanitaires et écologiques associés à sa présence.
Contexte et objectifs de l'étude
La clinostomose, provoquée par la métacercaire de C. complanatum, affecte la santé des poissons et représente une zoonose émergente à l'échelle mondiale. En France, la littérature scientifique sur cette endémie reste limitée. L'objectif principal de cette recherche est de cartographier la présence de C. complanatum dans les populations de poissons d'eau douce du territoire français afin d'évaluer l'étendue de son implantation et de ses conséquences potentielles sur la biodiversité locale et la santé publique.
Méthodologie
Echantillonnage et identification
Un total de 265 poissons d’eau douce issus de différentes espèces et capturés dans divers bassins hydrographiques de France métropolitaine entre 2021 et 2023 ont été analysés. Les spécimens ont été disséqués pour rechercher la présence de métacercaires. L'identification morphologique a été complétée par une analyse moléculaire basée sur le gène COI (cytochrome c oxydase I), garantissant la précision taxonomique des échantillons collectés.
Localisation géographique
Les prélèvements ont été réalisés dans 10 sites aquatiques répartis sur 7 régions administratives. Les coordonnées géographiques des lieux de collecte ainsi que les particularités hydrographiques (cours d'eau, étangs, lacs) ont été notés pour une étude comparative fine.
Résultats
Prévalence par espèces et sites
Parmi les poissons analysés, 28 individus (10,6%) étaient infestés par C. complanatum. Les espèces les plus fréquemment infectées incluent la brème commune (Abramis brama), la perche commune (Perca fluviatilis) et le gardon (Rutilus rutilus). L’intensité parasitaire variait de 1 à 16 métacercaires par poisson, démontrant une hétérogénéité liée à la fois à l’espèce-hôte et au site de prélèvement.
Distribution géographique
La présence de C. complanatum a été confirmée principalement dans les bassins du bassin du Rhône, du bassin de la Loire et, de manière sporadique, dans le bassin de la Seine. Les plans d’eau à forte biodiversité piscicole semblent plus susceptibles de contenir des poissons infectés, traduisant la complexité des facteurs écologiques impliqués dans la dispersion du parasite.
Confirmation moléculaire
L’analyse du gène mitochondrial COI a permis de distinguer sans équivoque C. complanatum des autres espèces du genre Clinostomum. Tous les échantillons suspectés ont été confirmés comme étant C. complanatum, validant la fiabilité de l’approche diagnostique adoptée.
Discussion
Facteurs favorisant la répandue du parasite
La diversité des espèces hôtes et la multiplicité des sites contaminés indiquent que C. complanatum est désormais bien installé dans plusieurs écosystèmes aquatiques français. La présence abondante d’oiseaux piscivores, hôtes définitifs du parasite, contribue probablement à sa dissémination. Les transferts interbassins et la mobilité accrue des poissons sauvages ou d’élevage participent également à ce phénomène.
Implications sanitaires et économiques
L’identification de C. complanatum dans des espèces à valeur commerciale soulève des problématiques de sécurité alimentaire, en particulier pour la consommation de poisson cru ou mal cuit, principal facteur de risque pour l’humain. Par ailleurs, le parasitisme chronique engendré par ce trématode peut affecter la croissance et la survie des poissons d’élevage, entraînant des pertes économiques dans le secteur halieutique.
Recommandations pour la gestion et la surveillance
L’étude met en évidence l’importance d’une surveillance parasitaire accrue, tant pour la conservation de la biodiversité que pour la protection de la santé publique. Des mesures telles que le contrôle rigoureux des transferts de poissons, l’information des professionnels du secteur aquacole et la promotion de bonnes pratiques culinaires auprès des consommateurs sont recommandées. Le suivi génétique régulier du parasite serait également utile afin d’évaluer les risques d’introduction ou de propagation de souches exogènes particulièrement pathogènes.
Conclusion
La distribution de Clinostomum complanatum chez les poissons d’eau douce en France s’étend géographiquement, impactant diverses espèces et milieux aquatiques. L’élargissement de la surveillance ainsi qu’une coopération entre acteurs scientifiques, économiques et sanitaires apparaissent indispensables pour contenir la progression de ce parasite et limiter les risques associés à l’homme et à la faune aquatique.
Source : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2405676625000289?dgcid=rss_sd_all



