Du glacier au delta : les PFAS et contaminants issus des pneus dans le Rhône

Du glacier au delta : que deviennent les PFAS et les contaminants issus des pneus dans le Rhône ?

Le Rhône constitue un véritable laboratoire naturel pour étudier la circulation des polluants dans les cours d’eau. Depuis ses zones d’alimentation glaciaire jusqu’à son delta méditerranéen, le fleuve traverse des espaces très contrastés : secteurs de montagne, zones urbaines, territoires agricoles et régions industrialisées.

Une étude récente s’intéresse à la distribution spatiale de deux grandes familles de contaminants émergents le long de cet axe fluvial : les substances per- et polyfluoroalkylées, plus connues sous le nom de PFAS, ainsi que les composés issus de l’usure des pneumatiques.

Un suivi à l’échelle de l’ensemble du continuum fluvial

L’originalité de cette recherche réside dans son approche géographique. Plutôt que de se concentrer sur un seul site, les auteurs examinent le Rhône sur l’ensemble de son parcours, du glacier jusqu’au delta.

Cette perspective permet de mieux comprendre comment les contaminants évoluent au fil de l’eau, en fonction notamment :

  • des apports naturels et atmosphériques ;
  • de la densité de population ;
  • des activités industrielles et agricoles ;
  • des rejets issus des stations d’épuration ;
  • du ruissellement urbain et routier ;
  • des phénomènes de dilution, de transport et de stockage dans les sédiments.

Le fleuve n’est donc pas considéré comme un simple conduit. Il agit à la fois comme une voie de transport, un espace de transformation et, dans certains secteurs, comme une zone d’accumulation des substances chimiques.

Les PFAS, des polluants particulièrement persistants

Les PFAS regroupent plusieurs milliers de molécules utilisées dans de nombreux produits et procédés industriels. Leur résistance à la chaleur, à l’eau et aux graisses explique leur intérêt commercial, mais aussi leur forte persistance dans l’environnement.

Une fois libérés, certains PFAS peuvent parcourir de longues distances dans les eaux de surface et les eaux souterraines. Leur présence dans un fleuve peut résulter de sources multiples : rejets industriels, eaux usées, ruissellement urbain ou encore retombées atmosphériques.

L’étude du Rhône permet ainsi d’observer comment ces substances se répartissent entre les différentes portions du bassin versant. Les concentrations ne dépendent pas uniquement de la distance parcourue par le fleuve. Elles sont également liées à la localisation des sources de pollution, aux caractéristiques hydrologiques et aux échanges entre l’eau, les matières en suspension et les sédiments.

Les routes, une source importante de contaminants

La seconde catégorie étudiée provient de l’usure des pneumatiques. À chaque trajet, des particules de caoutchouc et d’autres matériaux se détachent des pneus. Elles peuvent ensuite être transportées par le vent ou rejoindre les cours d’eau lors des épisodes de pluie.

Ces particules contiennent différentes substances chimiques utilisées dans la fabrication et la protection des pneumatiques. Certaines peuvent se transformer dans l’environnement en composés potentiellement toxiques pour les organismes aquatiques.

Les apports liés au trafic routier sont particulièrement difficiles à évaluer, car ils varient selon plusieurs paramètres :

  • l’intensité de la circulation ;
  • le type de véhicules ;
  • les conditions météorologiques ;
  • la configuration des routes ;
  • l’efficacité des dispositifs de collecte des eaux pluviales ;
  • la proximité entre les infrastructures routières et le réseau hydrographique.

Le suivi du Rhône fournit donc des informations utiles pour relier la contamination observée à l’urbanisation et aux infrastructures de transport.

Une contamination qui évolue le long du Rhône

L’un des principaux enseignements de cette approche est que la contamination ne se répartit pas de manière uniforme sur l’ensemble du fleuve. Les différents secteurs du Rhône présentent des profils distincts selon leur environnement et les sources de pollution qui les entourent.

Les zones situées en amont peuvent servir de référence pour caractériser le niveau de fond associé aux apports atmosphériques ou aux sources diffuses. En aval, l’influence des agglomérations, des zones industrielles, des axes routiers et des affluents peut modifier sensiblement le profil chimique du fleuve.

Cependant, une hausse locale des concentrations ne signifie pas nécessairement que les substances restent présentes sous la même forme jusqu’à la mer. Les contaminants peuvent être dilués, transformés, fixés sur des particules ou piégés temporairement dans les sédiments avant d’être remobilisés lors de crues.

Pourquoi le delta constitue un secteur stratégique

Le delta du Rhône représente l’aboutissement du continuum fluvial. Il reçoit les apports accumulés ou transformés tout au long du bassin versant avant leur transfert vers la Méditerranée.

Cette zone est particulièrement importante sur le plan écologique. Elle comprend des lagunes, des zones humides et des habitats qui accueillent de nombreuses espèces. Les contaminants transportés par le fleuve peuvent y interagir avec les sédiments et la matière organique, ce qui influence leur devenir et leur disponibilité pour les organismes vivants.

L’étude de la partie terminale du Rhône permet donc de mieux évaluer le rôle du fleuve dans le transfert des polluants vers les milieux côtiers.

Des résultats utiles pour la surveillance de l’eau

Le suivi des PFAS et des contaminants liés aux pneus montre les limites d’une surveillance fondée uniquement sur quelques points de prélèvement. Les concentrations peuvent varier fortement selon les saisons, les débits et les épisodes de pluie.

Pour mieux identifier les sources et les périodes de risque, les dispositifs de surveillance doivent combiner :

  1. des prélèvements répartis sur l’ensemble du bassin versant ;
  2. des campagnes réalisées à différentes saisons ;
  3. l’analyse de l’eau, des matières en suspension et des sédiments ;
  4. le suivi des affluents et des rejets urbains ;
  5. des données sur les usages des sols et les infrastructures ;
  6. une observation particulière des périodes de crue.

Cette approche intégrée est indispensable pour distinguer les apports permanents des contaminations ponctuelles liées aux pluies intenses ou aux événements hydrologiques.

Réduire les apports à la source

La détection de ces contaminants dans un grand fleuve rappelle que la réduction de la pollution passe d’abord par la prévention. Plusieurs leviers peuvent être mobilisés :

  • améliorer le traitement des eaux usées ;
  • limiter l’utilisation des PFAS lorsque des alternatives existent ;
  • mieux contrôler les rejets industriels ;
  • installer des systèmes de filtration ou de rétention des eaux pluviales ;
  • réduire le ruissellement provenant des routes et des parkings ;
  • renforcer la collecte des particules issues du trafic ;
  • développer des matériaux et des procédés moins polluants.

La gestion des PFAS et des contaminants issus des pneus ne peut pas reposer sur une seule technologie. Elle nécessite une combinaison de mesures réglementaires, industrielles, urbaines et environnementales.

Un fleuve révélateur des pressions exercées sur les milieux aquatiques

En suivant le Rhône du glacier au delta, cette étude met en évidence la complexité de la pollution chimique à l’échelle d’un bassin versant. Les contaminants émergents ne sont pas associés à une seule activité ni à un seul territoire. Ils résultent de sources multiples et se déplacent dans un système soumis à de nombreuses transformations.

Le Rhône apparaît ainsi comme un indicateur des pressions exercées par les activités humaines sur les écosystèmes aquatiques. La connaissance de la distribution des PFAS et des composés issus des pneumatiques constitue une étape essentielle pour mieux protéger les eaux continentales, les zones humides et le littoral méditerranéen.

À l’avenir, l’enjeu sera de compléter ces observations par un suivi à long terme, afin de mieux mesurer l’évolution des concentrations, l’effet du changement climatique sur les débits et le rôle des événements extrêmes dans la redistribution des contaminants.