Impact des bactéries lactiques sur la réduction des champignons et mycotoxines dans les aliments fermentés

Effets des bactéries lactiques sur la réduction des champignons et des mycotoxines dans les aliments fermentés

Introduction

La présence de champignons et de mycotoxines dans les aliments destinés aux animaux constitue une préoccupation majeure pour les industries agricole et alimentaire, en raison des risques que ces substances toxiques présentent pour la santé animale et, indirectement, pour celle des humains. Parmi les approches potentielles pour réduire ou éliminer ces substances indésirables, l'utilisation de bactéries lactiques (LAB), connues pour leurs propriétés antagonistes contre les champignons, paraît être particulièrement prometteuse. Cet article explore en détail les impacts des LAB sur la réduction des populations fongiques et la detoxification des mycotoxines dans les aliments fermentés destinés à l'alimentation animale.

Champignons, mycotoxines et risques associés

Les moisissures colonisent les céréales, les plantes fourragères et les aliments stockés, produisant des mycotoxines, particulièrement nocives pour les animaux consommant ces aliments contaminés. Ces toxines, incluant les aflatoxines, fumonisines, ochratoxines et zéaralénone, engendrent une multitude de problèmes sanitaires tels que des troubles immunitaires, des cancers, des anomalies de croissance et des problèmes reproductifs. Ainsi, éliminer ou réduire les champignons et mycotoxines est une nécessité afin d’assurer la sécurité alimentaire dans le secteur de l’élevage.

Propriétés antifongiques des bactéries lactiques

Les bactéries lactiques possèdent des propriétés antifongiques clairement mises en avant par plusieurs études scientifiques. Ces bactéries produisent divers métabolites (acide lactique, acide acétique, peroxyde d’hydrogène, peptides antifongiques et composés phénoliques) qui inhibent le développement fongique. Plusieurs recherches démontrent que l'ajout de certaines souches de LAB telles que Lactobacillus plantarum, Lactobacillus fermentum ou Pediococcus acidilactici aux aliments fermentés permet une réduction significative du développement fongique, limitant ainsi la production de mycotoxines.

Mécanismes de réduction des mycotoxines

Les mécanismes par lesquels les LAB agissent pour réduire la teneur en mycotoxines se répartissent en trois principaux processus :

  • Adsorption : Certaines cellules bactériennes fixent directement les toxines sur leur surface cellulaire, permettant ainsi d'éliminer plus facilement les mycotoxines via l'excrétion des bactéries vivantes ou mortes.
  • Dégradation enzymatique : Les LAB produisent des enzymes capables de décomposer structuellement les mycotoxines, diminuant leur toxicité et leur pouvoir de nuisance.
  • Inhibition de production : En réduisant directement les quantités et le développement de champignons dans le substrat alimentaire, ces bactéries empêchent ou diminuent indirectement la fabrication de nouvelles mycotoxines.

Application industrielle et exemples pratiques

L'utilisation de cultures sélectionnées de LAB pour fermenter des aliments destinés aux animaux a déjà montré des résultats prometteurs. Par exemple, l'introduction de Lactobacillus plantarum à des ensilages de maïs a permis l'obtention d'une réduction significative des populations de Fusarium, responsable de la production de fumonisines. Dans d'autres cas, Pediococcus acidilactici s'est révélé efficace pour prévenir la croissance de moisissures telles qu'Aspergillus flavus, producteur d'aflatoxines. Ces solutions microbiologiques réduisent notablement l'utilisation actuelle de fongicides chimiques, apportant ainsi une alternative durable et sûre pour la prévention des risques liés aux mycotoxines.

Perspectives et défis à relever

Malgré ces résultats encourageants, l’application industrielle étendue des LAB pour contrôler les mycotoxines nécessite encore une optimisation approfondie des procédés de fermentation ainsi qu'une identification rigoureuse et précise des souches les plus efficaces. De plus, les réponses des différentes espèces animales à l’exposition aux bactéries lactiques doivent être davantage explorées pour garantir la sécurité et l’efficacité des alimentations qui les incorporent.

En parallèle, il reste crucial de développer des modèles de prédiction précis, tenant compte des interactions complexes entre LAB, champignons et substrats nutritifs variés. Il faut également entreprendre des études à grande échelle pour déterminer les coûts et bénéfices réels, afin de favoriser une adoption plus large par les acteurs industriels de l'alimentation animale.

Conclusion

Les bactéries lactiques offrent un potentiel remarquable dans la lutte contre la contamination fongique et les risques associés aux mycotoxines dans l'alimentation animale. Grâce à leurs propriétés antifongiques, leur capacité à dégrader certaines toxines, et leur facilité d’intégration à des procédés industriels existants, ces micro-organismes représentent une solution durable et responsable pour sécuriser davantage l’alimentation animale. Toutefois, des efforts en recherche et développement sont toujours nécessaires pour maximiser leur efficacité et leur adoption généralisée par les industriels.

Source : https://www.mdpi.com/2072-6651/15/3/226