Microplastiques et phtalates dans les tissus du thon jaune : risques et bioaccumulation

Ingestion de microplastiques et bioaccumulation de phtalates dans les tissus du thon jaune

Introduction

L'étude des interactions entre la pollution marine et la vie aquatique est devenue une préoccupation majeure pour la communauté scientifique. Parmi les organismes marins de grande valeur commerciale et écologique, le thon jaune (Thunnus albacares) occupe une place centrale. Ce poisson migrateur est fréquemment exposé aux microplastiques et aux composés chimiques toxiques, tels que les phtalates, présents dans l'environnement marin. Ce rapport examine l'étendue de l'ingestion de microplastiques et la bioaccumulation de phtalates dans différents tissus du thon jaune, mettant en lumière les risques potentiels pour la santé animale, humaine et pour la sécurité alimentaire mondiale.

Prévalence de l'ingestion de microplastiques chez le thon jaune

Des analyses ciblées ont permis de quantifier la présence de microplastiques dans les organes et tissus essentiels du thon jaune. Les prélèvements réalisés dans différentes zones marines révèlent que la majorité des spécimens étudiés présentaient au moins un microplastique dans leur tube digestif, leurs branchies ou leur foie. La composition des microplastiques retrouvés inclut principalement des fragments de polyéthylène, de polystyrène et de polypropylène, reflétant la pollution dominante en surface océanique. Leur taille variait de quelques microns à plusieurs millimètres, les particules les plus fines étant majoritairement détectées dans les tissus mous.

Principaux résultats :

  • Jusqu'à 89% des individus analysés contenaient des microplastiques
  • Le tube digestif concentrait la majorité des particules, suivi du foie et des branchies
  • Les fibres et fragments constituaient la forme la plus fréquente

Mécanismes d'absorption et distribution tissulaire

Après ingestion, les microplastiques subissent des interactions complexes avec les réseaux physiologiques internes du thon jaune. Les particules peuvent franchir la barrière intestinale et s'accumuler secondairement dans des organes tels que le foie, révélant la capacité du poisson à internaliser ces polluants au-delà du tractus digestif. Cette distribution interne favorise l'exposition prolongée des tissus aux additifs et substances sorbées, notamment les phtalates, posant la question du transfert trophique et de l'impact sur la qualité de la chair destinée à la consommation humaine.

Bioaccumulation des phtalates dans les tissus

Les phtalates, plastifiants omniprésents, pénètrent dans l'organisme par ingestion directe de microplastiques ou par absorption depuis l'eau de mer contaminée. Ils se fixent préférentiellement dans les tissus lipophiles du thon jaune, principalement dans le foie et le muscle. Les analyses par chromatographie ont mis en évidence des teneurs variables selon les compartiments étudiés, soulignant la corrélation entre la charge en microplastiques et la concentration de phtalates.

Observations principales :

  • Détection systématique de différents phtalates, tels que le DEHP et le DBP
  • Niveaux plus élevés dans le foie que dans le muscle
  • Signes de bioamplification en haut de la chaîne alimentaire

Implications pour la santé humaine et la sécurité alimentaire

La contamination du thon jaune par les microplastiques et les phtalates soulève des enjeux sanitaires notables. Ces composés chimiques sont suspectés d'effets perturbateurs endocriniens et de risques cumulés lors d'une consommation régulière. La bioaccumulation croissante dans la chair et les organes du thon pourrait ainsi affecter la qualité du poisson commercialisé et s'avérer préoccupante pour les consommateurs réguliers et les marchés exportateurs.

Conclusion et recommandations

Les résultats de cette étude soulignent la nécessité d'améliorer le suivi environnemental des polluants plastiques dans les écosystèmes marins et de renforcer la réglementation autour de l'usage et du rejet des plastifiants industriels. Il convient d'encourager le développement de protocoles de surveillance pour évaluer les niveaux de contamination dans les espèces-clés telles que le thon jaune, tout en promouvant la sensibilisation des acteurs de la filière pêche aux enjeux sanitaires associés.

Perspectives de recherche

Des études complémentaires sont recommandées pour approfondir la compréhension des mécanismes de transfert des microplastiques et des phtalates tout au long du réseau trophique, et pour évaluer à long terme les conséquences sur la biodiversité marine et la sécurité alimentaire humaine.

Points-clés à retenir

  • Proportion élevée de thon jaune contaminé par les microplastiques et les phtalates
  • Présence significative de polluants dans les tissus comestibles
  • Risques potentiels pour la santé et la filière agroalimentaire à considérer

Source : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0025326X25007325?dgcid=rss_sd_all