Mycotoxines émergentes en aquaculture : risques, toxicité et solutions durables

Mycotoxines émergentes en aquaculture : toxicité, biocontrôle et présence dans les aliments et poissons

Introduction

L’aquaculture mondiale connaît une expansion rapide, engendrant une demande croissante en aliments composés principalement de céréales et de sous-produits végétaux. Cette évolution nutritionnelle expose les systèmes aquacoles à la contamination par un large éventail de mycotoxines, dont les mycotoxines émergentes. Contrairement aux mycotoxines classiques (aflatoxines, ochratoxines, etc.), ces dernières sont moins réglementées et documentées, bien que leur impact sur la santé des espèces aquatiques soit de plus en plus préoccupant.

Principales mycotoxines émergentes identifiées

Les mycotoxines émergentes notables en aquaculture incluent :

  • Moniliformine
  • Enniatines
  • Beauvericine
  • Fusaproliferine
  • Alternaria-toxines
  • Sterigmatocystine

Ces composés sont principalement produits par des genres fongiques tels que Fusarium, Alternaria, et Penicillium. Leur occurrence dans les matières premières végétales destinées à l’aquaculture dépend des conditions climatiques, du stockage, ainsi que de la susceptibilité des plantes hôtes.

Voies d’exposition et contamination

Les poissons et crustacés d’élevage sont exposés aux mycotoxines par l’ingestion directe d’aliments contaminés ou via la chaîne trophique. Les flux de pollution mycotoxique varient selon la composition des formulations alimentaires, la diversité des ingrédients végétaux employés, et la prévalence géographique des champignons producteurs. Plusieurs études récentes ont révélé la présence simultanée de mycotoxines conventionnelles et émergentes dans des échantillons de granulés aquacoles commerciaux, mettant en évidence le défi de la co-contamination.

Toxicité sur les organismes aquatiques

L’impact des mycotoxines émergentes sur la santé des poissons varie selon l’espèce, le stade de développement, le mode d’exposition et la dose. Les effets toxiques incluent :

  • Stress oxydatif accru
  • Dysfonctionnement hépatique
  • Immunosuppression
  • Altération des performances de croissance
  • Dégâts cellulaires et tissulaires

Par exemple, la moniliformine engendre des effets cardiotoxiques, tandis que les enniatines et la beauvericine perturbent l’homéostasie ionique en favorisant la formation de pores dans les membranes cellulaires. Plusieurs travaux mettent en avant la capacité de certaines mycotoxines émergentes à potentialiser la toxicité d’autres contaminants ou pathogènes présents dans les systèmes aquacoles.

Études expérimentales

Des expériences conduites sur différentes espèces de poissons tels que le tilapia, la carpe, ou le saumon d’Atlantique montrent une variabilité de la sensibilité et des réponses biologiques. Des doses sublétales de certaines mycotoxines émergentes affectent la croissance, la consommation alimentaire, et l’intégrité des organes internes, tandis que l’exposition chronique à bas niveau peut augmenter la susceptibilité aux maladies opportunistes.

Stratégies de biocontrôle

La gestion du risque mycotoxique repose sur l’application de stratégies efficaces de biocontrôle lors du stockage et de la transformation des matières premières. Les méthodes innovantes incluent :

  • Utilisation de micro-organismes antagonistes : certaines souches bactériennes et fongiques capables de dégrader, d’adsorber ou de transformer les mycotoxines.
  • Additifs alimentaires adsorbants : incorporation de substances telles que les argiles activées, zéolithes, ou charbon actif pour réduire la biodisponibilité digestive des toxines.
  • Bioremédiation enzymatique : emploi d’enzymes spécifiques pour modifier chimiquement les structures toxiques en métabolites inoffensifs.

Cependant, la variabilité d’efficacité selon les toxines cible, les dosages, et les matrices alimentaires souligne la nécessité de développer des solutions personnalisées pour chaque filière aquacole.

Prévalence dans l’alimentation et les produits piscicoles

Les enquêtes de surveillance menées sur différents continents font apparaître une fréquence d’occurrence croissante des mycotoxines émergentes dans les ressources destinées à l’aquaculture. Les niveaux varient considérablement, certains lots dépassant ce qui pourrait être considéré comme sans risque pour la santé animale. Il s’avère également que les poissons peuvent métaboliser ces composés, mais la diversité des voies métaboliques et l’accumulation de résidus dans les tissus comestibles sont encore insuffisamment caractérisées.

Implications pour la sécurité alimentaire

La présence de résidus de mycotoxines émergentes dans le poisson destiné à la consommation humaine représente un enjeu majeur de santé publique. Bien que les connaissances sur les effets chroniques ou à long terme soient limitées, la co-occurrence de multiples toxines requiert une attention accrue et des mesures de contrôle plus strictes tout au long de la chaîne de production.

Perspectives et recommandations

Face à la multiplication des ingrédients végétaux et à la résilience des champignons producteurs de mycotoxines émergentes dans l’environnement agricole, renforcer la surveillance, la recherche toxicologique et le développement d’outils analytiques adaptés s’avère indispensable. L’harmonisation des méthodes de détection, l’évaluation des risques spécifiques aux espèces aquacoles et l’intégration de protocoles de biocontrôle innovants doivent être encouragés pour sécuriser durablement la filière aquacole mondiale.

Points clés à retenir

  • L’incidence croissante des mycotoxines émergentes nécessite une gestion proactive des risques dans l’aquaculture.
  • Les impacts toxiques sont variés et peuvent compromettre la santé et les performances des poissons.
  • Les stratégies de biocontrôle et de prévention constituent des axes prioritaires pour limiter l’exposition.
  • La surveillance de la chaîne alimentaire demeure fondamentale afin de protéger la santé animale et humaine.

Source : https://www.mdpi.com/2072-6651/17/7/356