Réduire la résistance antimicrobienne : étude sur lavabos et eaux usées hospitalières en Irlande
Réduire les risques de résistance aux antimicrobiens : étude irlandaise sur les lavabos et les eaux usées dans une perspective One Health
Introduction
La résistance aux antimicrobiens (RAM) s'impose comme l’un des défis sanitaires majeurs à l’échelle mondiale, menaçant la santé humaine, animale et environnementale. Dans une démarche One Health, l’étude irlandaise récente publiée dans Science of The Total Environment explore le rôle des lavabos et des eaux usées en tant que réservoirs et vecteurs de bactéries résistantes. Cette synthèse met en évidence les principales découvertes, implications et leviers d’action identifiés pour réduire la dissémination des organismes résistants dans ces milieux hydriques cruciaux.
Cadre et méthodologie de l’étude
L’équipe de chercheurs a mené une vaste investigation dans des établissements de soins irlandais, notamment des hôpitaux et des maisons de santé. Les lavabos et systèmes de gestion des eaux usées ont fait l’objet de prélèvements systématiques pour évaluer la présence de bactéries multirésistantes aux antibiotiques (BMR), en se concentrant sur l’Escherichia coli productrice de bêta-lactamases à spectre étendu (ESBL) et d’autres entérobactéries résistantes.
L’approche appliquée inclut :
- Isolement microbiologique : détection et identification des agents pathogènes via des techniques de culture sélective.
- Analyses moléculaires : caractérisation des déterminants génétiques de la résistance (gènes blaCTX-M, carbapénèmase, etc.).
- Cartographie environnementale : suivi de la contamination sur différents sites et au fil du temps.
- Évaluation du potentiel de transmission : observation des transferts possible entre environnement, personnel et patients.
Résultats clés : lavabos, eaux usées et dissémination de la RAM
L’étude révèle une prévalence significative de BMR dans les systèmes de drainage des lavabos et les réseaux d’eaux usées hospitalières. Les lavabos, plus particulièrement ceux placés dans les unités de soins intensifs et zones à forte activité médicale, constituent un « hotspot » pour la prolifération des souches résistantes.
Points saillants :
- Concentration élevée de bactéries résistantes dans les siphons et canalisations, en particulier d’E. coli ESBL et Klebsiella spp.
- Transfert génique facilité par la cohabitation de souches multirésistantes dans les biofilms des éviers, créant un environnement propice à l’échange de plasmides y compris pour les gènes de résistance aux carbapénèmes.
- Déversement dans le milieu aquatique via les effluents hospitaliers, exacerbant la dissémination environnementale et le risque d’acquisition de nouvelles résistances par des bactéries commensales ou pathogènes.
Enjeux One Health et stratégies de réduction des risques
L’analyse systémique menée démontre le caractère interdépendant des milieux humain, animal et environnemental. La RAM ne connaît pas de frontières et se propage à l’interface des réseaux hospitaliers et communautaires, via les systèmes d’assainissement.
Préconisations opérationnelles :
- Amélioration du design des lavabos : privilégier des modèles minimisant la stagnation de l’eau et la formation de biofilms, conception favorisant le nettoyage.
- Protocole de désinfection renforcé : recours à des désinfectants ciblant spécifiquement les bactéries productrices de biofilms et adaptation de la fréquence d’entretien.
- Surveillance microbiologique environnementale continue permettant une détection précoce des émergences de BMR.
- Responsabilisation du personnel : formation et sensibilisation à l’importance de l’hygiène des mains, de l’entretien du matériel et des installations sanitaires.
- Prise en compte du cycle complet des eaux usées, en collaborant avec les autorités de gestion de l’eau, pour éviter la recontamination de l’environnement naturel.
Implications pour la gestion des effluents hospitaliers
La recherche insiste sur la nécessité d'intégrer la problématique de la RAM dans les plans de gestion des eaux usées et des réseaux sanitaires. L’adoption de solutions techniques et organisationnelles transversales permettra de limiter la transmission horizontale des gènes de résistance et d'endiguer l'expansion des BMR à l'échelle sociétale.
Des recommandations pratiques incluent :
- L’installation de systèmes de traitement avancés des eaux usées, capables d’inactiver les agents pathogènes résistants.
- L’innovation dans les matériaux et revêtements anti-biofilms pour les surfaces en contact avec l’eau.
- La réduction à la source de l'utilisation non justifiée d'antimicrobiens afin de minimiser la pression de sélection.
Recherches futures et perspectives
L’étude met en lumière l’urgence de développer des programmes de recherche translationnelle combinant analyses microbiologiques, génomiques et épidémiologiques pour cartographier précisément la circulation des BMR. Le soutien institutionnel et l’engagement gouvernemental sont essentiels pour porter ces efforts à l’échelle nationale et internationale.
De plus, il est recommandé de renforcer les échanges entre cliniciens, microbiologistes, ingénieurs sanitaires et décideurs publics en vue d’élaborer des politiques de gestion de la RAM cohérentes et pragmatiques dans une optique One Health.
Conclusion
La diminution du risque de dissémination des résistances antimicrobiennes via les lavabos et réseaux d’eaux usées hospitaliers requiert des stratégies coordonnées, associées à une gestion intégrée des infrastructures et à un engagement multisectoriel. Ce travail, précurseur dans le paysage irlandais, illustre combien la lutte contre la RAM passe par une vigilance accrue sur l’ensemble du cycle de l’eau et de ses infrastructures associées.
Source : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S004896972501575X?dgcid=rss_sd_all



