Biodisponibilité et cytotoxicité de l’arsenic et du mercure dans les produits de la mer cuits : enjeux pour la sécurité alimentaire
Biodisponibilité et Cytotoxicité de l’Arsenic et du Mercure dans les Produits de la Mer Cuisinés : Enjeux pour la Sécurité Alimentaire
Introduction
La consommation mondiale de produits de la mer a connu une croissance significative au fil des décennies, exposant de plus en plus la population à des risques liés à la présence de contaminants toxiques, notamment l’arsenic (As) et le mercure (Hg). Les effets toxiques de ces métaux lourds présentent un défi majeur pour la sécurité alimentaire, en particulier lorsque ces composés persistent ou se transforment pendant la préparation culinaire. Cet article s’intéresse à l’accessibilité biologique (biodisponibilité orale) de l’arsenic et du mercure dans les produits de la mer cuits, ainsi qu’à l’évaluation de leur cytotoxicité à l’aide de modèles cellulaires humains.
Présence et Spéciation du Mercure et de l’Arsenic dans les Produits de la Mer
Les mollusques, crustacés et poissons accumulent l’arsenic et le mercure sous différentes formes chimiques. L’arsenic se retrouve essentiellement sous la forme arsenobétaïne (un composé moins toxique), mais aussi sous des formes inorganiques, bien plus toxiques. Quant au mercure, le méthylmercure (MeHg), neurotoxique, prédomine dans les tissus musculaires des poissons prédateurs.
- Arsenic total vs formes inorganiques : bien que l’arsenic total soit en général élevé, la part réellement toxique (inorganique) est nettement plus faible.
- Mercure total vs méthylmercure : la toxicité dépend de la proportion de méthylmercure dans le total mesuré.
Le choix de l’espèce consommée, l’âge, la taille et la provenance géographique du produit de la mer influencent les taux mesurés.
Effet des Procédés Culinaires sur la Biodisponibilité
La cuisson par des méthodes classiques (ébullition, vapeur, cuisson au four) modifie la structure chimique et la distribution des métaux lourds. Le taux de biodisponibilité, soit la fraction du contaminant effectivement assimilable par l’organisme humain, dépend fortement des transformations subies durant la cuisson et la digestion.
- Ébullition : favorise dans certains cas la solubilisation de l’arsenic dans l’eau, réduisant sa présence dans la chair.
- Cuisson vapeur : minimise la perte de nutriments et limite les transformations des métaux.
- Cuisson au four : des altérations mineures sont observées dans la spéciation des composés.
Des études in vitro simulant la digestion gastro-intestinale humaine montrent que la fraction biologique disponible (bioaccessibilité) des formes inorganiques de l'arsenic et du méthylmercure varie selon l’espèce et le mode de préparation.
Évaluation de la Cytotoxicité sur les Cellules Humaines
Des essais sur cultures cellulaires humaines (notamment cellules d’hépatocytes et cellules intestinales) permettent d’évaluer la cytotoxicité des extraits obtenus après digestion simulée des produits de la mer cuits. Les paramètres analysés comprennent la viabilité cellulaire, l’induction d’espèces réactives de l’oxygène (ROS), et l’apoptose.
- Résultats principaux : à des concentrations trouvées dans des portions standards, les extraits digestibles de produits de la mer cuits présentent parfois une cytotoxicité notable, principalement attribuée aux formes inorganiques de l’arsenic et au méthylmercure.
- Comparaison des espèces : les extraits des poissons prédateurs (thon, espadon) affichent souvent un potentiel toxique cellulaire supérieur à ceux de mollusques et crustacés.
Implications en Santé Publique et Recommandations
La bioaccessibilité variable de l’arsenic et du mercure, dépendant du type de produits de la mer et de la méthode de cuisson, complique l’évaluation du risque alimentaire. Si la transformation parfois favorable des formes chimiques lors de la cuisson peut diminuer la toxicité, il n’en reste pas moins que le risque chronique, notamment pour les populations à forte consommation (femmes enceintes, enfants), demeure réel.
Conseils pour la consommation
- Varier les espèces de produits de la mer consommés ;
- Privilégier les méthodes de cuisson qui limitent la biodisponibilité des formes toxiques (ébullition plutôt que friture) ;
- Prendre en compte les recommandations nationales sur les fréquences et quantités de consommation des poissons riches en méthylmercure.
Conclusion
La sécurité alimentaire vis-à-vis de l’arsenic et du mercure présents dans les produits de la mer ne dépend pas seulement de la présence de ces éléments mais aussi de leur bioaccessibilité et de leur toxicité après cuisson et digestion. Des travaux complémentaires visant à affiner l’estimation de l’exposition réelle sont essentiels pour permettre des recommandations cohérentes aux consommateurs.
Source : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0889157526003728?dgcid=rss_sd_all



