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Biopesticides d’origine végétale : une solution durable pour protéger les cultures

Biopesticides d’origine végétale : une solution durable pour protéger les cultures

Face aux effets indésirables associés à l’usage intensif des pesticides de synthèse, les biopesticides d’origine végétale suscitent un intérêt croissant. Produits à partir de plantes ou de substances naturelles qu’elles renferment, ils pourraient contribuer à protéger les cultures tout en réduisant la pression exercée sur l’environnement.

L’étude Plant-Derived Biopesticides for Sustainable Crop Protection: Review and Bibliometric Mapping propose une synthèse des connaissances disponibles sur ces solutions et analyse l’évolution des travaux scientifiques consacrés à leur développement.

Que sont les biopesticides d’origine végétale ?

Les biopesticides végétaux sont des substances ou des préparations issues de plantes utilisées pour lutter contre les organismes nuisibles aux cultures. Ils peuvent être obtenus à partir de feuilles, de graines, de fleurs, d’écorces, de racines ou encore d’huiles essentielles.

Leur action repose généralement sur des composés bioactifs tels que :

  • les alcaloïdes ;
  • les terpènes et les huiles essentielles ;
  • les composés phénoliques ;
  • les flavonoïdes ;
  • les saponines ;
  • certains peptides et métabolites secondaires.

Selon leur composition, ces substances peuvent repousser les ravageurs, perturber leur alimentation ou leur reproduction, inhiber leur croissance, agir comme insecticides ou encore limiter le développement de certains champignons et agents pathogènes.

Un intérêt grandissant pour la protection durable des cultures

L’agriculture doit aujourd’hui répondre à plusieurs défis simultanés : nourrir une population croissante, préserver la fertilité des sols, limiter la contamination des eaux et ralentir l’érosion de la biodiversité. Dans ce contexte, la recherche de solutions de protection plus respectueuses de l’environnement est devenue une priorité.

Les biopesticides d’origine végétale présentent plusieurs atouts potentiels :

  • une biodégradabilité généralement supérieure à celle de nombreuses molécules conventionnelles ;
  • une réduction possible des résidus persistants dans les sols et les eaux ;
  • une diversité de modes d’action ;
  • une compatibilité avec certaines stratégies de lutte intégrée ;
  • la possibilité de valoriser des ressources végétales locales ou des coproduits agricoles.

Cette diversité chimique constitue également un avantage dans le cadre de la lutte contre l’apparition de résistances chez les insectes et les agents pathogènes. Toutefois, elle ne garantit pas à elle seule une efficacité constante sur le terrain.

Des mécanismes d’action variés

Les extraits et molécules végétales peuvent agir de différentes manières sur les organismes ciblés. Certaines substances perturbent le système nerveux des insectes, tandis que d’autres modifient leur comportement alimentaire ou empêchent leur développement. D’autres encore peuvent altérer la reproduction ou réduire la capacité des ravageurs à s’installer sur la culture.

Les huiles essentielles font partie des produits les plus étudiés. Leur activité peut être insecticide, répulsive, antifongique ou antimicrobienne. Des extraits riches en composés phénoliques ou en saponines sont également évalués pour leur capacité à inhiber certains parasites et champignons phytopathogènes.

Cette multiplicité d’effets explique l’intérêt scientifique des biopesticides végétaux, mais elle rend aussi nécessaire une caractérisation précise de chaque extrait. La variété des espèces, des conditions de culture, des parties utilisées et des méthodes d’extraction peut en effet modifier fortement la composition et l’efficacité du produit final.

Ce que révèle l’analyse bibliométrique

La cartographie bibliométrique permet d’étudier la structure et l’évolution d’un domaine de recherche à partir des publications scientifiques. Elle met notamment en évidence les thèmes les plus étudiés, les collaborations entre équipes et les orientations qui gagnent en importance.

Dans le cas des biopesticides végétaux, les recherches s’articulent principalement autour de plusieurs axes :

  1. L’identification de nouvelles plantes actives, notamment parmi les espèces aromatiques, médicinales et traditionnellement utilisées contre les ravageurs.
  2. La caractérisation des molécules bioactives, afin de mieux comprendre les relations entre composition chimique et activité biologique.
  3. L’amélioration des méthodes d’extraction et de formulation, pour accroître la stabilité et la durée d’action des produits.
  4. L’évaluation de l’efficacité en conditions réelles, au-delà des essais en laboratoire.
  5. L’étude des effets sur les organismes non ciblés, notamment les pollinisateurs, les auxiliaires des cultures et les microorganismes du sol.
  6. L’intégration des biopesticides dans la lutte intégrée, en association avec des pratiques agronomiques et des méthodes biologiques ou mécaniques.

Cette évolution montre que le secteur ne se limite plus à la découverte de plantes toxiques pour les ravageurs. Les chercheurs s’intéressent désormais à la standardisation, à la sécurité, à la formulation et à la faisabilité économique.

Des limites encore importantes

Malgré leur potentiel, les biopesticides d’origine végétale ne constituent pas une solution universelle. Leur développement commercial se heurte à plusieurs difficultés.

Une efficacité parfois variable

La concentration en composés actifs peut varier selon l’espèce végétale, la variété, le stade de développement, le climat, le sol et les conditions de stockage. Deux extraits issus d’une même plante peuvent donc présenter des performances différentes.

Une stabilité limitée

Certains composés naturels se dégradent rapidement sous l’effet de la lumière, de la chaleur, de l’oxygène ou des précipitations. Cette dégradation peut réduire la durée de protection et nécessiter des applications plus fréquentes.

Des coûts de production à maîtriser

La collecte de la matière première, l’extraction, la purification et la formulation peuvent entraîner des coûts élevés. Une production à grande échelle exige des filières d’approvisionnement fiables et une disponibilité suffisante des ressources végétales.

La nécessité d’évaluer les risques

« Naturel » ne signifie pas automatiquement « sans danger ». Certaines molécules végétales peuvent être toxiques pour les organismes aquatiques, les insectes utiles, les animaux ou les utilisateurs. Des évaluations toxicologiques et écotoxicologiques rigoureuses restent donc indispensables.

Un cadre réglementaire exigeant

Pour être commercialisé, un biopesticide doit généralement démontrer son efficacité, sa stabilité et son innocuité dans les conditions prévues d’utilisation. Les procédures d’homologation peuvent être longues et coûteuses, en particulier pour les petites entreprises et les producteurs locaux.

Vers des formulations plus performantes

Une part importante des recherches actuelles porte sur la formulation. L’objectif consiste à protéger les molécules actives contre la dégradation et à améliorer leur adhésion sur les plantes.

Les formulations à base de microcapsules, de nanoparticules ou d’émulsions peuvent permettre une libération progressive des substances et une meilleure résistance aux conditions environnementales. Ces technologies doivent toutefois être évaluées avec prudence afin de vérifier leur innocuité et leur impact réel sur l’environnement.

La formulation ne doit pas être considérée séparément du système agricole. Le moment d’application, la dose, les conditions météorologiques, le type de culture et le ravageur ciblé jouent tous un rôle dans l’efficacité globale du traitement.

Une place dans la lutte intégrée

Les biopesticides végétaux sont particulièrement intéressants lorsqu’ils sont intégrés à une stratégie globale de protection des cultures. Ils peuvent être associés à :

  • la rotation des cultures ;
  • l’utilisation de variétés résistantes ;
  • la lutte biologique ;
  • le piégeage et la surveillance des ravageurs ;
  • la gestion des habitats favorables aux auxiliaires ;
  • les mesures mécaniques et agronomiques.

Cette approche permet de réduire la dépendance à une seule méthode de lutte et de limiter le risque de résistance. Elle nécessite cependant un suivi régulier des parcelles et une bonne connaissance de la dynamique des populations nuisibles.

Quelles perspectives pour l’avenir ?

Le développement des biopesticides d’origine végétale dépendra de la capacité des chercheurs et des industriels à rapprocher les résultats de laboratoire des réalités agricoles. Les priorités concernent notamment la standardisation des extraits, la sélection de molécules efficaces, la mise au point de formulations stables et la réalisation d’essais de terrain à grande échelle.

La valorisation des savoirs traditionnels peut également orienter la découverte de nouvelles plantes actives. Elle doit toutefois s’accompagner d’une validation scientifique, d’une gestion durable des ressources et du respect des règles relatives à l’accès aux ressources génétiques et au partage des avantages.

Conclusion

Les biopesticides d’origine végétale représentent une piste prometteuse pour rendre la protection des cultures plus durable. Leur diversité chimique, leur potentiel de biodégradation et leur compatibilité avec la lutte intégrée en font des outils particulièrement étudiés.

Leur adoption à grande échelle reste néanmoins conditionnée par plusieurs avancées : une efficacité plus régulière, des formulations plus stables, une évaluation approfondie des risques et des coûts de production compétitifs. La revue et la cartographie bibliométrique consacrées à ce domaine soulignent ainsi une tendance claire : la recherche évolue de la simple découverte de substances naturelles vers la conception de solutions agricoles fiables, sûres et adaptées aux conditions du terrain.

Gestion durable des acariens nuisibles sur le chanvre industriel : méthodes intégrées et innovations

Gestion durable des acariens nuisibles du chanvre industriel : stratégies innovantes et intégrées

Introduction

Le chanvre industriel (Cannabis sativa L.) connaît une expansion rapide grâce à ses applications variées, de la biomasse à la fabrication textile. Toutefois, les acariens nuisibles posent un défi de taille à la production durable du chanvre. Ces ravageurs engendrent des pertes significatives, tout en compromettant la qualité du produit fini. Répondre à ces préoccupations implique l'application de méthodes de lutte innovantes, respectueuses de l'environnement et optimisées pour le contexte spécifique du chanvre industriel.

Les principaux acariens nuisibles du chanvre

Le chanvre industriel est attaqué par plusieurs espèces d'acariens, notamment :

  • Tetranychus urticae (araignée rouge à deux points)
  • Aculops cannabicola (acarien du chanvre)
  • Polyphagotarsonemus latus (acarien large)

Ces ravageurs se distinguent par leur capacité à se multiplier rapidement, à coloniser diverses parties de la plante et à générer des dégâts directs et indirects, conduisant à une réduction du rendement et de la qualité.

Impacts sur le développement et la qualité du chanvre

Les acariens sucent la sève, provoquant une décoloration des feuilles, des déformations morphologiques, un affaiblissement général de la plante et une chute prématurée des feuilles. Cela induit un stress physiologique, accentue la vulnérabilité aux agents pathogènes et diminue la teneur en cannabinoïdes, fibres et graines.

Surveillance et diagnostic

Une gestion efficace débute par une surveillance précise :

  • Observation régulière des feuilles, en particulier sur la face inférieure, là où les acariens s’installent.
  • Utilisation de loupes binoculaires pour détecter les individus au stade précoce et identifier les espèces responsables.
  • Piégeage et échantillonnage ciblés visant à quantifier la densité des populations et suivre leur dynamique pour déclencher les interventions au seuil de nuisibilité.

Approches de gestion intégrée

Le concept de gestion intégrée des ravageurs (IPM) s’impose comme référence, combinant diverses approches de lutte pour limiter l’usage de produits chimiques.

Prévention culturale et choix variétal

  • Rotation des cultures et choix de variétés plus tolérantes réduisent la pression des acariens.
  • Maintien de la santé du sol et apport en nutriments favorisent la vigueur du chanvre qui peut mieux résister aux agressions.

Lutte biologique

L’introduction ou la conservation d’auxiliaires naturels est une stratégie clé :

  • Les prédateurs, comme Phytoseiulus persimilis et Amblyseius swirskii, s’attaquent directement aux œufs et stades juvéniles des acariens.
  • La promotion d’un environnement favorable à ces auxiliaires (bandes fleuries, refuges à insectes) intensifie la biosurveillance naturelle.

Solutions biopesticides

L’usage de biopesticides constitue une alternative prometteuse :

  • Huiles essentielles naturelles (neem, citronnelle), extraits botaniques et savons insecticides perturbent la physiologie des ravageurs tout en préservant les auxiliaires.
  • Micro-organismes entomopathogènes (Beauveria bassiana, Metarhizium anisopliae) ciblent spécifiquement les acariens lorsqu’ils sont appliqués conformément aux recommandations.

Lutte chimique raisonnée

En dernier recours, la stratégie chimique doit répondre à des exigences strictes:

  • Sélection de produits homologués pour le chanvre, privilégier ceux à faible impact sur l’environnement et les non-cibles.
  • Alternance des modes d’action pour éviter l’apparition de résistances.
  • Respect des délais de sécurité avant récolte, afin de garantir la conformité du chanvre destiné à l’alimentation ou la transformation.

Synergies et perspectives d’avenir

La gestion durable des acariens du chanvre s’appuie sur la synergie entre surveillance, prévention, lutte biologique et chimique raisonnée.

Pour renforcer l’efficacité du système :

  • Recherche sur les interactions plante-acarien-microbiote pour soutenir le développement de variétés naturellement résistantes.
  • Amélioration des techniques de monitoring avec l’intégration d’outils digitaux et d’IA pour optimiser la détection précoce.
  • Expansion des solutions de biocontrôle par la sélection et la production de nouveaux agents biologiques adaptés à la diversité des climats et méthodes culturales.

Conclusion

La lutte contre les acariens du chanvre industriel exige une approche multidimensionnelle, axée sur la durabilité et adaptée aux contextes locaux. L’intégration des stratégies chimiques, biologiques et préventives constitue l’axe central de la gestion, avec pour objectif principal la préservation du potentiel agronomique et économique de la filière du chanvre.

Source : https://www.mdpi.com/2073-4395/15/12/2785