Mycotoxines émergentes : enjeux toxicologiques et innovations dans la détection alimentaire
Mycotoxines émergentes dans l’alimentation : effets toxicologiques et innovations en biosensorique
Introduction
Les mycotoxines, substances toxiques produites naturellement par certaines moisissures, constituent une préoccupation grandissante dans la chaîne alimentaire. Ces contaminants affectent aussi bien l’agriculture mondiale que la sécurité alimentaire. Alors que les mycotoxines "classiques" – telles que l’aflatoxine, l’ochratoxine A et la zéaralénone – sont largement surveillées et régulées, les mycotoxines émergentes gagnent en importance depuis plusieurs années. Moins étudiées, elles échappent souvent aux programmes de contrôle standards tout en présentant des menaces potentielles majeures pour la santé humaine et animale.
Qu’est-ce qu’une mycotoxine émergente ?
Une mycotoxine émergente est un composé toxique produit par les champignons qui n'est ni réglementé ni systématiquement surveillé mais dont l’incidence et l’impact toxicologique sur l’homme commencent à être documentés. Parmi les plus représentatives, on retrouve l’énniatine, la beauvéricine, la moniliformine et les fusaproliférines. Le développement de méthodes d’analyse sophistiquées et le perfectionnement des outils de détection, tels que les biosenseurs, rendent possible l’identification de ces contaminants jusqu’alors méconnus.
Effets toxicologiques des mycotoxines émergentes
Enniatines et beauvéricine
Les énniatines et la beauvéricine, principalement produites par des espèces du genre Fusarium, sont fréquemment détectées dans les céréales, notamment le blé, l’orge et le maïs. Plusieurs études in vitro montrent leur cytotoxicité, induisant une perturbation du métabolisme des cellules et une altération de la perméabilité membranaire. Les effets in vivo demeurent peu documentés mais des lésions hépatiques et rénales ont été observées chez l’animal.
Moniliformine
La moniliformine, trouvée majoritairement dans les grains contaminés par Fusarium proliferatum et F. subglutinans, est reconnue pour sa toxicité cardiovasculaire. Des intoxications animales ont été rapportées, caractérisées par des troubles du rythme cardiaque, parfois mortels. Les données sur l’impact chez l’homme sont rares, mais la fréquence élevée de cette mycotoxine dans certains aliments pose question.
Fusaproliférines et autres toxines
La fusaproliférine, bien que présente à des teneurs faibles dans les produits céréaliers, manifeste également des propriétés cytotoxiques, notamment sur les cellules rénales et hépatiques. D’autres composés non encore réglementés, tels que les alternariols ou les toxines issues du genre Alternaria, sont de plus en plus relevés dans les matrices alimentaires et demandent une évaluation toxicologique approfondie.
Défis et limites de la détection des mycotoxines émergentes
Si la chromatographie liquide couplée à la spectrométrie de masse (LC-MS/MS) permet de détecter une large gamme de mycotoxines, les limitations techniques persistent, notamment pour les composés émergents peu polaires ou non extraits efficacement par les méthodes conventionnelles. De plus, l’absence de standards analytiques certifiés complique la quantification fiable et la validation des méthodes.
Développement de biosenseurs pour la détection des mycotoxines émergentes
L’un des axes de recherche majeurs s’oriente vers la mise au point de biosenseurs, offrant des solutions rapides, sensibles et spécifiques pour l’analyse des mycotoxines. Ces dispositifs intègrent des récepteurs biomoléculaires – anticorps, aptamères, enzymes – capables de reconnaître spécifiquement une toxine cible.
Principe général des biosenseurs
Un biosenseur combine un élément de reconnaissance biologique (anticorps, enzyme, fragment d’ADN) et un dispositif de transduction (électrochimique, optique, piézoélectrique) qui transforme l’événement de reconnaissance en un signal mesurable. Pour l’analyse des mycotoxines émergentes, la miniaturisation et l’intégration des biosenseurs sur des supports portatifs facilitent leur usage dans les filières agroalimentaires.
Exemples d’applications innovantes
Des biosenseurs utilisant des anticorps monoclonaux contre l’énniatine ont permis de détecter de faibles concentrations dans des matrices complexes comme la farine. D’autres approches exploitent les aptamères, des séquences oligonucleotidiques synthétiques, conjuguant spécificité et stabilité pour les applications in situ. Les avancées dans l’électrochimie et l’imagerie optique ouvrent la porte à une détection multiplexée, pouvant simultanément cibler divers types de mycotoxines (émergentes et classiques).
Perspectives et recommandations
- L’émergence des mycotoxines non réglementées nécessite l’actualisation des politiques de contrôle alimentaire et la création de référentiels analytiques adaptés.
- La recherche doit se concentrer sur l’évaluation exhaustive de la toxicité de ces nouveaux contaminants pour appréhender le risque réel pour la santé publique.
- L’industrialisation des biosenseurs innovants gagnerait à être accélérée afin de rendre le dépistage des mycotoxines plus accessible, rapide et fiable sur le terrain.
Conclusion
Les mycotoxines émergentes incarnent un défi majeur pour la sécurité alimentaire internationale. Bien que les connaissances sur leurs effets toxicologiques et leur incidence augmentent progressivement, d’importants efforts en matière d’analytique et de surveillance demeurent essentiels. Les innovations en biosensorique constituent un levier prometteur pour mieux anticiper, contrôler et prévenir la contamination alimentaire par ces toxines insidieuses.
Source : https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0924224426003559?dgcid=rss_sd_all








