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Toxines d’Alternaria dans les champignons comestibles : analyse innovante et évaluation des risques alimentaires

Présence des toxines d’Alternaria dans les champignons comestibles : analyse par microextraction en phase solide hydrophile et évaluation du risque alimentaire

Introduction

La contamination des denrées alimentaires par des mycotoxines demeure une problématique majeure de santé publique. Parmi les toxines émergentes, celles produites par des champignons du genre Alternaria suscitent un intérêt croissant en raison de leur occurrence fréquente et de leur potentiel toxique. Les champignons comestibles, largement consommés dans le monde entier, sont susceptibles d’accumuler ces toxines lors de la culture, du stockage ou de la transformation. Cette étude s’est attachée à évaluer la présence de cinq toxines d’Alternaria majeures dans diverses espèces de champignons comestibles, à l’aide d’une méthode innovante de microextraction en phase solide (MEPS) hydrophile, puis à estimer le risque alimentaire associé à leur ingestion.

Méthodologie

Sélection des échantillons et préparation

Les chercheurs ont collecté un total de 150 échantillons de champignons issus de cinq espèces populaires :

  • Agaricus bisporus (champignon de Paris)
  • Lentinula edodes (shiitake)
  • Pleurotus ostreatus (pleurote en huitre)
  • Flammulina velutipes (enoki)
  • Hypsizygus marmoreus (champignon de hêtre)

Afin d’extraire les toxines d’Alternaria, une fibre hydrophile adaptée à la microextraction en phase solide a été développée, optimisant à la fois la capacité d’adsorption et la sélectivité vis-à-vis des mycotoxines ciblées.

Analyse chromatographique

La méthode analytique mise en œuvre s’est appuyée sur une chromatographie liquide à haute performance couplée à un spectromètre de masse en tandem (CLHP-MS/MS). Cette approche a permis d’identifier et de quantifier précisément cinq toxines principales :

  • Aflatoxine B1 (ATB1)
  • Altertoxine I (ATX I)
  • Altertoxine II (ATX II)
  • Tenuazonic acid (TeA)
  • Tentoxin (TEN)

Le protocole de validation a garant une sensibilité et une reproductibilité élevées, avec des limites de détection de l’ordre du microgramme par kilogramme. Les récupérations étaient supérieures à 85 % pour la plupart des toxines recherchées.

Résultats principaux

Fréquence et concentration des toxines

Les analyses ont révélé la présence d’au moins une toxine d’Alternaria dans environ 27 % des échantillons de champignons testés. TeA et ATB1 ont été les composés les plus fréquemment détectés, confirmant leur prévalence dans le secteur alimentaire.

  • TeA a été détectée dans 23 % des échantillons, atteignant des concentrations maximales de 8,7 µg/kg.
  • ATB1 se retrouvait principalement dans les champignons de Paris et les shiitake, à des concentrations comprises entre 1,5 et 5,2 µg/kg.
  • Les autres toxines (ATX I, ATX II, TEN) sont apparues plus rarement et à de plus faibles concentrations.

Variabilité selon l’espèce

Les niveaux de contamination variaient notablement selon l’espèce de champignon. Pleurotus ostreatus affichait les taux les plus élevés en TeA, tandis que Agaricus bisporus et Lentinula edodes montraient la diversité la plus large en types de toxines détectées.

Évaluation du risque alimentaire

L’exposition alimentaire a été estimée en croisant les teneurs en toxines relevées et les données de consommation moyenne de champignons pour la population adulte et enfant. Sur la base de ces résultats :

  • L’apport moyen quotidien de TeA par ingestion de champignons restait inférieur à la dose journalière tolérable (DJT) proposée.
  • Pour ATB1, bien que les concentrations détectées soient non négligeables, leur contribution relative à l’exposition globale restait marginale par rapport à d’autres sources alimentaires.
  • La marge d’exposition calculée n’a pas mis en évidence de risque sanitaire élevé pour les consommateurs réguliers de champignons, même en tenant compte de scénarios pessimistes.

Cependant, il est souligné que l’absence de valeur réglementaire pour la plupart des toxines d’Alternaria limite la capacité de gestion du risque et justifie la poursuite de la surveillance.

Perspectives et recommandations

L’étude met en lumière la nécessité de :

  • Poursuivre la surveillance des toxines d’Alternaria sur des matrices alimentaires variées et à travers diverses régions et filières de production.
  • Développer des méthodes d’analyse sensibles et robustes, adaptées à la diversité des toxines et de leur comportement dans les aliments.
  • Renforcer la réglementation autour de ces contaminants émergents pour mieux protéger les consommateurs.

Il est également recommandé d’éduquer les acteurs de la filière (producteurs, transformateurs, distributeurs) sur l’importance d’une gestion rigoureuse de la qualité et des conditions de stockage, afin de prévenir la contamination fongique et mycotoxique.

Conclusion

Cette étude démontre l’intérêt de l’utilisation de la microextraction en phase solide avec fibre hydrophile pour la détection rapide et fiable des toxines d’Alternaria dans les champignons comestibles. Si le risque sanitaire immédiat apparaît faible, la vigilance s’impose, en particulier pour les populations à risque ou en cas de consommation accrue. La recherche future devra explorer la toxicité cumulative des mélanges de toxines et affiner l’évaluation de l’exposition à long terme.

Source : https://www.mdpi.com/2304-8158/15/11/1992