Un biosenseur ECL détecte simultanément l’ochratoxine A et l’aflatoxine B1
Un biosenseur ECL pour détecter simultanément deux mycotoxines majeures
La contamination des denrées alimentaires par les mycotoxines constitue un enjeu important de santé publique. Produites par certaines moisissures, ces substances peuvent se retrouver dans les céréales, les fruits secs, le café, les épices ou encore les aliments destinés aux animaux. Parmi elles, l’ochratoxine A (OTA) et l’aflatoxine B1 (AFB1) font partie des contaminants les plus surveillés en raison de leur toxicité et de leur fréquence de détection.
Une étude publiée dans la revue Tetrahedron présente le développement d’un biosenseur fondé sur l’électrochimiluminescence, ou ECL, capable de rechercher simultanément ces deux molécules.
Une détection simultanée grâce à l’électrochimiluminescence
L’électrochimiluminescence repose sur la production de lumière à partir d’une réaction électrochimique. Cette technologie associe les avantages des méthodes électrochimiques — notamment leur sensibilité et la possibilité de miniaturisation — à ceux des techniques optiques.
Dans le dispositif étudié, des éléments de reconnaissance moléculaire sont utilisés pour cibler spécifiquement l’ochratoxine A et l’aflatoxine B1. La présence de chaque mycotoxine modifie le signal généré par le système. L’analyse des réponses obtenues permet ainsi d’identifier et de quantifier les deux contaminants au cours d’une même mesure.
Cette approche multiplexée peut représenter un gain de temps et de ressources par rapport à deux analyses indépendantes. Elle répond également au besoin de contrôler plusieurs contaminants présents simultanément dans un même échantillon.
Pourquoi surveiller l’ochratoxine A et l’aflatoxine B1 ?
L’ochratoxine A est principalement associée aux effets toxiques sur les reins. Elle peut contaminer différentes matières premières agricoles, en particulier lorsque les conditions de stockage favorisent le développement de champignons.
L’aflatoxine B1 est quant à elle produite par certaines espèces du genre Aspergillus. Elle est considérée comme l’une des aflatoxines les plus préoccupantes en raison de son potentiel génotoxique et cancérogène, notamment au niveau hépatique.
La détection rapide de ces composés est donc essentielle pour renforcer la sécurité des aliments, limiter l’exposition des consommateurs et améliorer le suivi des chaînes de production.
Les atouts du biosenseur proposé
Le biosenseur ECL s’inscrit dans le développement de méthodes analytiques plus rapides et plus facilement déployables. Son intérêt repose notamment sur plusieurs caractéristiques :
- la détection de deux mycotoxines dans une même analyse ;
- une réponse fondée sur des signaux électrochimiluminescents mesurables ;
- une conception potentiellement compatible avec des dispositifs compacts ;
- une approche adaptée au contrôle de matrices alimentaires complexes ;
- une réduction possible du temps nécessaire au dépistage par rapport aux protocoles séparés.
La conception d’un tel système nécessite toutefois de maîtriser les interactions entre les différents composants du biosenseur. La sélectivité des éléments de reconnaissance, la stabilité du signal et l’influence de la matrice analysée sont des paramètres essentiels pour garantir des résultats fiables.
Vers des contrôles alimentaires plus rapides
Les méthodes de référence utilisées pour confirmer la présence de mycotoxines offrent généralement une grande précision, mais elles peuvent nécessiter des équipements spécialisés, des étapes de préparation et un temps d’analyse important. Les biosenseurs ECL pourraient compléter ces techniques en fournissant des outils de dépistage plus rapides et plus flexibles.
Avant une utilisation à grande échelle, ces dispositifs doivent encore être évalués dans différentes matrices alimentaires et comparés à des méthodes analytiques de référence. Leur robustesse, leur durée de conservation, leur reproductibilité et leur capacité à fonctionner dans des conditions réelles seront déterminantes pour une future application industrielle ou réglementaire.
Une avancée pour la détection multiplexée des mycotoxines
Le développement de ce biosenseur électrochimiluminescent illustre les progrès réalisés dans la détection multiplexée des contaminants alimentaires. En ciblant simultanément l’ochratoxine A et l’aflatoxine B1, cette approche ouvre la voie à des analyses plus intégrées et potentiellement plus accessibles.
À terme, l’association de la miniaturisation, de la reconnaissance moléculaire et de l’analyse ECL pourrait contribuer à renforcer la surveillance des produits alimentaires, depuis les matières premières jusqu’au contrôle des produits finis.


