Un outil One Health innovant : Priorisation communautaire des zoonoses par épidémiologie participative et analyse décisionnelle
Outil innovant de santé globale : intégrer l’épidémiologie participative et l’analyse décisionnelle pour prioriser les zoonoses en milieu communautaire
Introduction
La gestion efficace des maladies zoonotiques requiert une approche multidisciplinaire. Face à la complexité de ces menaces pour la santé publique, les outils traditionnels montrent leurs limites. Cet article présente une méthodologie innovante articulée autour de l’intégration de l’épidémiologie participative et de l’analyse décisionnelle, dans une logique « One Health », pour permettre la priorisation des zoonoses au niveau communautaire.
L’approche « One Health » : Un cadre essentiel
One Health incarne une stratégie holistique qui reconnaît l’interconnexion entre la santé humaine, animale et environnementale. Elle promeut la collaboration entre acteurs locaux et scientifiques pour anticiper, détecter et hiérarchiser les risques zoonotiques. L’intégration de cette approche dans la priorisation des zoonoses maximise la pertinence des interventions sanitaires.
Méthodologie : Fusionner l’épidémiologie participative et l’analyse multicritère
1. Épidémiologie participative
L’épidémiologie participative mobilise le savoir communautaire pour identifier et valider les menaces sanitaires émergentes. Cette démarche inclusive implique les populations locales dans la collecte, l’analyse et la validation des données, en complément des systèmes de surveillance conventionnels. Les méthodes employées comprennent :
- Entretiens communautaires
- Groupes de discussion
- Cartographies de la prévalence
2. Analyse de décision multicritère
L’analyse de décision multicritère (ADM) fournit un cadre structuré pour classer les zoonoses en tenant compte de plusieurs variables d’importance. Par exemple, la transmission interespèces, la sévérité clinique, l’impact économique, la perception communautaire et la disponibilité des moyens de contrôle.
Les étapes cruciales incluent :
- Définition des critères de classement
- Pondération de chaque critère selon sa pertinence locale
- Agrégation des scores pour obtenir un classement prioritaire
3. Intégration des deux approches : un outil sur mesure
Ce modèle hybride combine données communautaires et analyses scientifiques pour une priorisation contextualisée des zoonoses. Le retour d’information entre experts et communautés favorise la compréhension mutuelle et l’acceptabilité des mesures proposées.
Déploiement de l’outil et étude de cas
L’outil développé (outil One Health intégratif) a été déployé dans différentes communautés rurales, notamment en Afrique subsaharienne. Les étapes de la mise en œuvre sont structurées comme suit :
- Mobilisation communautaire : Engager les parties prenantes locales, y compris les représentants de la santé animale et humaine.
- Collecte de données participative : Réaliser des ateliers et des interviews pour documenter les expériences et priorités sanitaires locales.
- Analyse des risques : Établir une matrice de critères, ajustée selon le contexte (prévalence, transmissibilité, mortalité, etc.).
- Restitution et co-décision : Présenter les résultats à la communauté et aux autorités sanitaires pour validation concertée.
Dans l’exemple présenté, l’outil a priorisé des zoonoses telles que la brucellose, la rage et la fièvre de la vallée du Rift, en intégrant des critères contextuels ignorés par les approches top-down traditionnelles.
Résultats et bénéfices observés
L’utilisation de l’outil One Health a généré plusieurs bénéfices significatifs :
- Hiérarchisation contextuelle des priorités sanitaires : Les maladies sélectionnées reflètent mieux les réalités épidémiologiques locales et les préoccupations des populations.
- Renforcement de la confiance communautaire : La participation active améliore l’acceptabilité et l’efficacité des mesures proposées.
- Optimisation de l’allocation des ressources : Le ciblage des zoonoses prioritaires permet une utilisation rationnelle des moyens de surveillance et de contrôle.
- Amélioration de la communication : Le dialogue entre chercheurs, décideurs et communautés renforce la cohérence des interventions.
Discussions et perspectives
La combinaison de l’épidémiologie participative et de l’ADM constitue une avancée majeure pour la santé publique en contexte de ressources limitées. Malgré quelques défis liés à l’harmonisation des critères ou à la disponibilité des données de qualité, l’outil favorise l’appropriation locale du processus décisionnel. Par ailleurs, il agit comme catalyseur pour une collaboration intersectorielle soutenue.
Des extensions futures de l’outil sont envisageables :
- Inclure des critères environnementaux plus détaillés
- Développer des modules pour la modélisation prédictive
- Adapter l’outil à d’autres contextes géographiques ou à de nouveaux enjeux émergents
Conclusion
L’outil One Health présenté dans cet article ouvre la voie à une démarche participative et intégrée pour la priorisation des zoonoses. En valorisant les savoirs locaux au sein d’un cadre d’analyse robuste, il permet d’articuler efficacement science, expérience terrain et politiques sanitaires, tout en renforçant les dynamiques communautaires. Son potentiel de déploiement et d’adaptation en fait un levier stratégique pour anticiper et répondre aux défis complexes posés par les zoonoses.
Source : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2352771426001345

