Concentrations d’HAP dans la fumée lors de la cuisson de poitrine de porc au charbon : évaluation et implications sanitaires
Évaluation des concentrations d'HAP dans les fumées issues de la cuisson de poitrine de porc sur charbon de bois
Introduction
La cuisson de la poitrine de porc au charbon de bois fait partie des traditions culinaires dans de nombreuses cultures, mais génère également des préoccupations sanitaires, en particulier quant à l'exposition aux hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP). Les HAP sont des contaminants organiques persistants associés à des risques cancérogènes. L'objectif de cette étude est d'évaluer la concentration de 16 HAP prioritaires dans les émissions de fumée lors du grillage de poitrine de porc sur charbon de bois, en s'appuyant sur la méthodologie définie par l’Agence de protection de l’environnement des États-Unis (EPA).
Méthodologie expérimentale
Le protocole expérimental a consisté à griller 500 g de poitrine de porc sur des braises de charbon jusqu'à la cuisson complète. Un système de collecte des fumées a été mis en place afin de capter les émissions directement à la sortie du gril, minimisant ainsi toute dispersion dans l’environnement. Les fumées ont été aspirées à travers des filtres de fibre de verre afin de collecter la fraction particulaire puis, successivement à travers des cartouches de polyuréthane pour la capture de la phase gazeuse. Les solvants appropriés ont permis l'extraction des HAP retenus, lesquels ont ensuite été analysés par chromatographie en phase gazeuse couplée à la spectrométrie de masse (GC-MS), une technique de référence pour cette famille de contaminants.
Résultats
Concentrations globales et profils d’HAP
L’analyse a permis de détecter la totalité des 16 HAP prioritaires dans les échantillons de fumées, avec des variations notables selon la classe de composés. Les concentrations totales d'HAP (somme des 16 composés) oscillaient entre 55,7 et 97,4 µg/m3, la teneur la plus élevée étant systématiquement relevée au début de la cuisson, puis décroissant progressivement, reflétant la volatilisation initiale des graisses présentes dans la viande.
Les HAP à quatre et cinq cycles, incluant notamment le benzo[a]pyrène, classé cancérogène probable par l'IARC, se sont révélés prédominants dans la fraction particulaire de la fumée.
Distribution entre phases particulaire et gazeuse
Les composés de faible poids moléculaire (naphtalène, acénaphtène, fluorène) étaient principalement retrouvés dans la phase gazeuse, alors que les HAP de poids moléculaire élevé (chrysène, benzo[a]pyrène, dibenzo[a,h]anthracène) s’incorporaient préférentiellement à la phase particulaire. Cette distribution dépend de la température de combustion, mais aussi des propriétés physico-chimiques propres à chaque HAP.
Comparaison avec d'autres modes de cuisson
Les concentrations relevées de HAP étaient significativement supérieures à celles rapportées lors de la cuisson sur gaz ou électrique, confirmant le rôle déterminant de la pyrolyse des matières grasses sur charbon de bois dans la genèse de ces contaminants. La position de la viande par rapport à la source de chaleur, la durée et l’intensité de la cuisson, constituent des facteurs aggravants de l’exposition.
Implications sanitaires
L’inhalation directe des fumées lors du grillage, notamment dans des environnements peu ventilés, représente le principal vecteur d’exposition humaine. L’absorption cutanée et la consommation de viande grillée, bien que non évaluées dans cette expérience, sont également des voies non négligeables. Les concentrations mesurées de benzo[a]pyrène étaient souvent supérieures aux seuils recommandés dans les environnements professionnels, mettant en lumière un risque réel pour les opérateurs comme pour les consommateurs.
Recommandations pour limiter l'exposition
- Amélioration de la ventilation : Griller dans des espaces ouverts ou bien ventilés afin de dissiper les fumées
- Réduction du temps de contact direct : Éviter la présence continue au-dessus du gril
- Optimisation des procédés de cuisson : Privilégier les dispositifs permettant de limiter le dégoulinement des graisses sur les braises
- Choix du combustible : Sélectionner des charbons de bois certifiés, peu contaminants
- Surveillance des émissions : Intégrer la surveillance régulière des HAP dans les établissements de restauration collective proposant ce type de cuisson
Conclusions
Le grillage de la poitrine de porc sur charbon de bois induit des concentrations élevées de HAP dans les fumées, en particulier lors des premières phases de pyrolyse. Ces niveaux excèdent bien souvent les seuils sanitaires recommandés, en particulier pour le benzo[a]pyrène, composant à fort potentiel cancérogène. L'adoption de mesures opérationnelles et techniques s'avère indispensable pour limiter l’exposition des travailleurs, des consommateurs et du public à ces polluants persistants.
Source : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2590157526000799?dgcid=rss_sd_all




