Systèmes One Health : enjeux et perspectives pour la gestion des maladies infectieuses émergentes
Revue exhaustive des systèmes One Health pour la détection et la gestion des maladies infectieuses émergentes
Introduction
La progression rapide des maladies infectieuses émergentes au cours des dernières décennies a mis en lumière l’urgence d’une coordination intersectorielle efficace. Le concept One Health, qui intègre la santé humaine, animale et environnementale, s’avère incontournable pour anticiper, détecter et maîtriser ces menaces sanitaires. Cette revue offre une analyse approfondie des systèmes One Health existants dédiés à la détection précoce et à la gestion des maladies infectieuses émergentes (MIE). Elle examine les cadres existants, identifie les lacunes et propose des recommandations pour renforcer l’efficacité des dispositifs d’alerte et de réponse.
Cadre de référence One Health : Définition et portée
One Health se définit comme une approche collaborative, multisectorielle et transdisciplinaire œuvrant aux niveaux local, régional, national et global pour obtenir des résultats sanitaires optimaux. Ce modèle reconnaît l’interdépendance des populations humaines, animales et de leurs écosystèmes. Il s’impose notamment dans la surveillance, la prévention et la réponse aux maladies infectieuses à potentiel zoonotique.
Architecture des systèmes de surveillance One Health
Surveillance conjointe humain-animal-environnement
La détection précoce des MIE dépend de la capacité à collecter et à analyser les données issues de sources variées :
- Systèmes de collecte de données intégrés : centralisation des informations sanitaires issues des cliniques humaines, des vétérinaires, et de la surveillance environnementale.
- Partage d’information en temps réel : développement de plateformes numériques sécurisées afin d’assurer la rapidité et l’exactitude du reporting multi-acteurs.
- Mécanismes de notification précoce : implantation de réseaux de veille communautaires favorisant la remontée d’alertes au niveau local.
Surveillance génomique et intelligence artificielle
- Séquençage génomique : identification rapide de pathogènes et suivi des mutations par des laboratoires équipés.
- Modélisation prédictive basée sur l’IA : détection de signaux faibles et analyse de tendances à partir de mégadonnées (big data).
Détection précoce : Facteurs clefs et obstacles
Facteurs promoteurs
- Formation interdisciplinaire des professionnels : essentielle pour interpréter les signaux croisés.
- Protocoles harmonisés : adoption de standards internationaux pour le recueil et la transmission des données.
- Financement durable : soutien structurel des gouvernements et des institutions supranationales.
- Communication transparente : confiance renforcée entre acteurs grâce à des procédures de communication standardisées.
Défis et limites
- Fragmentation institutionnelle : cloisonnement entre secteurs humain, animal, environnemental freinant la synergie.
- Incompatibilité des systèmes d’informations : architectures numériques hétérogènes entravant le partage et l’analyse coordonnée.
- Pénurie de ressources : manque d’expertise et d’infrastructures, en particulier dans les pays à faible revenu.
- Barrières juridiques et réglementaires : obstacles à la circulation internationale des données sensibles.
Réponse et gestion intégrée
Actions coordonnées face à une alerte
- Planification des interventions : simulation multi-acteurs (santé humaine, services vétérinaires, environnement) pour définir rôles, responsabilités et ressources déployables.
- Chaînes logistiques synchronisées : distribution efficace de vaccins, médicaments, EPI grâce à la mutualisation des stocks et des infrastructures.
- Communication de crise : messages harmonisés adaptés aux différents publics (professionnels, communautés affectées, médias).
Suivi post-événement et retour d’expérience
- Évaluation d’impact : analyse des réponses, mesure de la résilience des systèmes de santé, identification des points d’amélioration.
- Actualisation continue des protocoles : enrichissement des recommandations à partir des retours d’expérience collectés lors de chaque crise sanitaire.
Exemples de dispositifs One Health opérationnels
Plusieurs pays se distinguent par l’efficacité de leurs programmes One Health :
- Viet Nam : intégration de la surveillance humaine et animale contre la grippe aviaire.
- Ouganda : plateforme « One Health Surveillance » facilitant la circulation rapide de l’information entre professionnels humains et vétérinaires.
- États-Unis : programme « CDC One Health » coordonnant laboratoires, terrains et agences environnementales.
Recherche en cours et axes d’innovation
- Développement d’outils diagnostics multiplex : dispositifs portables permettant de dépister plusieurs agents pathogènes simultanément.
- Renforcement du séquençage haut débit : démocratisation de l’accès aux technologies de séquençage dans les régions sous-équipées.
- Pilotage par l’intelligence artificielle : systèmes d’analyses prédictives facilitant la priorisation des interventions à travers l’analyse de données en temps réel.
- Valorisation de la science participative : implication des communautés dans la remontée de signaux via des applications mobiles et dispositifs en open data.
Recommandations pour une meilleure efficacité
- Harmoniser les systèmes d’information afin d’assurer l’interopérabilité et éviter la duplication des ressources.
- Renforcer la formation transversale en santé humaine, animale et environnementale au sein des curricula professionnels.
- Assurer une gouvernance partagée reposant sur des stratégies conjointes et la clarification des responsabilités sectorielles.
- Mobiliser durablement les fonds pour garantir la viabilité des systèmes One Health et soutenir la recherche-développement.
Conclusion
La gestion des maladies infectieuses émergentes requiert un engagement sans faille de tous les secteurs impliqués. Les systèmes One Health constituent le socle d’une démarche proactive et durable face aux défis posés par les crises sanitaires modernes. Leur succès dépendra d’une intégration fine des moyens techniques, humains et politiques. Renforcer la surveillance intégrée, investir dans la formation et l’innovation, et dépasser les clivages organisationnels sont des impératifs non négociables pour préserver la santé globale.
Source : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2352771425002897?dgcid=rss_sd_all

