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Virus de la mosaïque du pepino chez la tomate : défis et stratégies d’amélioration de la résistance

Virus de la mosaïque du pepino chez la tomate : enjeux et perspectives de l'amélioration génétique de la résistance

Introduction

Le virus de la mosaïque du pepino (PepMV) est reconnu comme l'un des agents pathogènes les plus redoutés dans les cultures de tomates à travers le monde, du fait de sa rapide dissémination et de l'ampleur des pertes économiques associées. Depuis sa première détection sur la tomate en 1999 aux Pays-Bas, le PepMV s'est rapidement répandu en Europe, Asie, Afrique et Amériques, compromettant sévèrement la rentabilité de ce légume incontournable.

Biologie et épidémiologie du PepMV

Le PepMV appartient au genre Potexvirus de la famille des Alphaflexiviridae. Il s'agit d'un virus à ARN simple brin de polarité positive possédant un génome d'environ 6,4 kb encodant cinq protéines principales. Trois principales souches sont identifiées rapidement dans les cultures : européenne, chilienne et péruvienne, auxquelles s'ajoute une quatrième, connue sous le nom d'US2 ou EC. Les symptômes varient selon la souche et le cultivar et incluent mosaïque, marbrures, décolorations, légères déformations foliaires et, parfois, altérations du fruit.

Facteurs clés de dissémination :

  • Transmission par contact mécanique (outils, mains, vêtements…) ;
  • Nombreuses cultures-hôtes, notamment le pepino (Solanum muricatum), diverses solanacées et des adventices ;
  • Matériel végétal infecté (semences, greffons).

L’instabilité notable de ce virus, sa capacité de recombinaison rapide et son haut taux de mutation renforcent les défis pour la gestion durable en contexte agronomique.

Effets agronomiques et enjeux économiques

La gravité des dégâts dépend de la souche, des conditions culturales et de la précocité de l’infection. Les symptômes sur feuilles et fruits, bien que variables, entraînent des déclassements de récolte et une baisse de la qualité marchande. Les plantations sous serre sont particulièrement vulnérables, où jusqu’à 100 % des plantes peuvent être impactées lors d’attaques sévères. Cette situation génère d'importants coûts indirects liés aux mesures de prophylaxie et de décontamination, soulignant l’urgence d’une gestion intégrée.

Modalités de gestion et stratégies actuelles

Les stratégies de lutte actuelles contre le PepMV reposent principalement sur :

  • Des mesures d'hygiène strictes (nettoyage et désinfection des surfaces, outils, et vêtements)
  • Utilisation de plants certifiés indemnes de virus
  • Surveillance phytosanitaire accrue
  • Emploi de produits à base de micro-organismes antagonistes
  • Gestion du flux de personnel et limitation du brassage entre parcelles

Cependant, ces approches révèlent rapidement leurs limites, notamment en raison de la facilité de transmission et de la capacité évolutive du virus.

Résistance génétique : état des lieux

L’approche la plus durable reste l’introduction de résistance variétale. Les progrès récents s’appuient sur plusieurs axes :

Recherche de sources de résistance

  • Espèces apparentées à la tomate : Certaines espèces sauvages du genre Solanum (ex : S. peruvianum, S. chilense, S. habrochaites) ont montré des niveaux variables de tolérance ou de résistance.
  • Introgression génétique : Le transfert de gènes de résistance issus des espèces sauvages vers la tomate cultivée représente une voie majeure d’exploration pour les sélectionneurs.

Gènes candidats et mécanismes

  • Plusieurs loci de résistance ont été identifiés mais restent souvent associés à un contrôle quantitatif complexe, influencé par plusieurs gènes d’effets cumulatifs pléiotropiques.
  • L’absence actuellement de gène de résistance majeure confère une pression sélective sur la recherche de solutions innovantes : la tolérance polygénique ou l'association de gènes à effet partiel.

Outils biotechnologiques

  • L’ingénierie génétique, y compris la mutagenèse dirigée par CRISPR/Cas9 et l’utilisation d'interférences à ARN (ARNi), présente de nouveaux horizons pour le développement de variétés présentant une résistance accrue et durable.
  • Les techniques de sélection assistée par marqueurs moléculaires permettent d’accélérer l’identification et l’introgression des allèles d'intérêt.

Défis et perspectives pour la sélection future

L'évolution rapide du PepMV et la diversité des souches induisent une pression constante sur la durabilité des résistances mises en place. Les principaux verrous à lever comprennent :

  • La compréhension fine de la diversité génétique du virus pour anticiper l’apparition de nouvelles variants virulents.
  • L'évaluation à grande échelle des ressources génétiques pour identifier des sources de résistance polyvalente.
  • L'intégration des approches de sélection classique et biotechnologique pour créer des cultivars résistants, productifs et adaptés aux attentes du marché.
  • La veille épidémiologique concertée à l'échelle internationale pour ajuster les recommandations techniques et sanitaires en temps réel.

Conclusion

Face aux menaces persistantes posées par le PepMV, le défi majeur consiste à développer une résistance génétique fiable et à long terme. L'intégration des outils de biotechnologie, la mobilisation des ressources génétiques diversifiées et une meilleure compréhension de la dynamique virale constitueront les pierres angulaires d'une gestion efficace. Le rôle des partenaires techniques, des sélectionneurs et des institutions internationales sera déterminant pour relever ces défis et garantir la pérennité de la culture de la tomate.

Source : https://www.mdpi.com/1422-0067/26/23/11749