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Contamination par les esters organophosphorés dans les thés chinois : niveaux, sources et exposition humaine

Contamination des esters organophosphorés (OPE) dans les thés chinois et exposition humaine

Introduction

Les esters organophosphorés (OPE) sont une catégorie de composés chimiques largement utilisés comme retardateurs de flamme, plastifiants et additifs dans diverses applications industrielles. Au fil des dernières décennies, la prévalence des OPE dans l’environnement est devenue préoccupante, notamment en raison de leur stabilité et de leur persistance. Cet article synthétise les résultats d’une étude rigoureuse sur la présence de ces contaminants dans un panel représentatif de thés chinois et sur l’évaluation de l’exposition humaine via la consommation de thé.

Méthodologie d’échantillonnage et d’analyse

Afin d’analyser la distribution des OPE dans les thés chinois, 115 échantillons issus de six catégories principales (thé vert, noir, oolong, blanc, pu-erh et jasmin) ont été collectés dans différentes régions de Chine. Les échantillons, sélectionnés pour garantir un échantillonnage représentatif géographiquement et selon les types de transformation, ont été séchés, broyés et homogénéisés avant analyse.

L’analyse a reposé sur une extraction par solvant suivie d’une chromatographie en phase liquide couplée à une spectrométrie de masse à haute résolution (LC-MS/MS). Cette méthodologie permet une quantification précise des concentrations de douze OPE cibles, parmi lesquels le TCEP, TDCIPP, TCPP, TPHP et EHDPP.

Résultats principaux

Niveaux de contamination mesurés

La concentration totale des OPE dans les échantillons de thé analysés variait significativement selon le type de thé. Les valeurs détectées allaient de 18,4 ng/g à 324 ng/g poids sec, avec une moyenne de 89,7 ng/g. Les thés noirs ont présenté les charges les plus élevées, suivis des thés verts et oolongs. Les thés pu-erh et blancs affichaient, quant à eux, les concentrations les plus faibles.

TPHP, TCPP et EHDPP figuraient systématiquement parmi les OPE les plus abondants dans tous les types de thés, soulignant leur utilisation prépondérante dans la chaîne d’approvisionnement et de transformation du thé.

Variabilité géographique

L’étude a révélé des différences notables de contamination entre régions productrices, avec des teneurs significativement supérieures dans les zones industrielles de Chine orientale par rapport aux régions du sud-ouest plus rurales. Cela suggère une influence directe de l’intensité industrielle et de l’utilisation d’OPE à l’échelle locale sur la contamination des cultures de thé.

Exposition humaine estimée

Basée sur les consommations moyennes de thé par la population adulte chinoise et sur la quantité d’OPE transférée dans l’infusion, l’exposition quotidienne estimée a été calculée pour chaque OPE. Les résultats indiquent une exposition journalière moyenne à l’ensemble des OPE par l’ingestion de thé comprise entre 0,18 et 2,13 ng/kg pc/jour. Aucune de ces valeurs ne dépasse les seuils de sécurité sanitaires recommandés à l’échelle internationale.

Discussion

Origines des contaminations

Les auteurs pointent l’emploi possible des OPE lors du stockage, du transport et de l’emballage du thé, notamment via les matériaux synthétiques utilisés, comme l’emballage plastique ou les machines industrielles contenant des pièces en PVC traitées aux OPE. Les pulvérisations de pesticides organophosphorés dans certaines plantations ne sont pas exclues en tant que sources secondaires potentielles, mais semblent minoritaires au vu du profil des composés détectés.

Comparaison internationale

La contamination relevée dans les thés chinois apparaît du même ordre de grandeur, voire supérieure, à celle rapportée dans d’autres denrées ou thés importés dans des pays occidentaux, ce qui met en avant la nécessité d’une surveillance renforcée au niveau industriel et réglementaire.

Impact sanitaire

Aucune des expositions estimées ne dépasse les seuils considérés comme présentant un risque toxicologique selon les lignes directrices internationales (par exemple, celles de l’EFSA ou de l’OMS). Néanmoins, l’exposition chronique, notamment dans certaines régions à forte consommation de thé, appelle à une vigilance continue et à un approfondissement des analyses de risque, en tenant compte des possibles effets cocktails avec d’autres contaminants.

Recommandations et perspectives

L’étude recommande d’intensifier la surveillance des contaminants OPE dans la chaîne d’approvisionnement du thé, en particulier lors des étapes post-récolte, afin de limiter la migration des OPE issus des emballages ou équipements industriels vers le produit fini. Il est également suggéré d’améliorer les matériaux utilisés dans le conditionnement.

Pour les consommateurs, la population générale ne court pas de risque avéré via la consommation normale de thé, mais une attention particulière devrait être portée aux enfants et groupes sensibles, en raison de leur poids corporel plus faible et de leurs vulnérabilités biologiques.

Conclusion

Cette étude systématique sur les OPE dans les thés chinois démontre l’omniprésence de ces contaminants dans toutes les grandes variétés de thés, avec des concentrations variant selon le type de thé, la région de production et possiblement les pratiques industrielles sous-jacentes. Bien que les expositions estimées restent en deçà des seuils sanitaires connus, la persistance des OPE et leur accumulation dans les chaînes alimentaires imposent la poursuite d’une vigilance accrue et l’amélioration des pratiques industrielles.

Source : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2405665026000570?dgcid=rss_sd_all