Exposition différenciée des abeilles aux pesticides lors de la pollinisation des cultures
Exposition aux pesticides pendant la pollinisation des cultures : différences entre abeilles sauvages et bourdons d’élevage
Introduction
La problématique de l'exposition aux pesticides lors de la pollinisation agricole prend une dimension critique, alors que le déclin des pollinisateurs menace la sécurité alimentaire mondiale. Cette étude analyse et compare les niveaux d’exposition aux pesticides chez plusieurs espèces d’abeilles sauvages et chez des bourdons commerciaux (Bombus terrestris), soulignant les variations interspécifiques et les risques associés à la diversité des pratiques agricoles.
Méthodologie de l'étude
- Espèces étudiées : Plusieurs taxons d’abeilles sauvages ont été comparés aux bourdons d’élevage, impliquant un échantillonnage rigoureux sur différents sites de cultures.
- Sites d’échantillonnage : Les récoltes ont été effectuées dans des parcelles en cours de traitement phytosanitaire, permettant de capter la diversité des expositions environnementales.
- Analyse des résidus : Les individus collectés ont fait l’objet d’analyses chimiques précises pour quantifier la présence de différents pesticides, notamment des néonicotinoïdes et des fongicides.
- Suivi comportemental et exposition réelle : En complément, les déplacements et le temps passé dans les zones traitées ont été mesurés afin d’évaluer l’exposition effective de chaque groupe.
Résultats principaux
Variabilité de l’exposition selon l’espèce
Les résultats révèlent une hétérogénéité marquée dans l’intensité et la diversité des résidus retrouvés chez les différentes abeilles sauvages et les bourdons d’élevage. Cette variabilité est influencée par :
- Morphologie et comportement de butinage : La taille et la capacité de vol conditionnent la fréquence et la durée de visite aux fleurs traitées.
- Plages horaires d’activité : Certaines espèces s’exposent davantage selon le moment de la journée où elles butinent.
- Préférences florales : Les taxons favorisant les cultures intensées par les pesticides y sont davantage exposés.
Comparaison entre bourdons d'élevage et abeilles sauvages
- Bourdons d’élevage (B. terrestris) : Ils présentaient, en moyenne, un profil de contamination plus élevé en nombre de substances détectées. La continuité de leur activité et leur utilisation pour la pollinisation dirigée contribuent à cette exposition accrue.
- Abeilles sauvages : Leur variabilité interspécifique crée certains groupes à faible exposition, tandis que d’autres, plus spécialisés ou abondants, accumulent des taux de résidus similaires à ceux mesurés chez les bourdons d’élevage.
Influence des pratiques agricoles
Les modalités d’application des pesticides, telles que l’usage de traitements en période de floraison, accroissent significativement le risque d’exposition et de contamination pour l’ensemble des pollinisateurs présents.
Implications pour la biodiversité et les services écosystémiques
La diversité biologique des abeilles joue un rôle essentiel dans la stabilité et la résilience de la pollinisation des cultures. Pourtant, la variabilité d’exposition aux pesticides expose certaines espèces à un risque accru de mortalité ou de sublétalité, ce qui pourrait :
- Modifier la composition des communautés de pollinisateurs.
- Fragiliser les services écosystémiques.
- Conduire à un déclin différencié des espèces et à une perte de biodiversité fonctionnelle.
Recommandations et perspectives
- Meilleure intégration de la diversité des pollinisateurs : Les évaluations de risque devraient intégrer les différences comportementales et écologiques des espèces sauvages, au-delà des seules espèces domestiquées.
- Pratiques agricoles durables : Limiter l’application des pesticides lors des périodes de floraison, diversifier les méthodes de biocontrôle et favoriser la mise en place de zones refuges non traitées.
- Suivi continu : Mettre en œuvre une surveillance régulière de l’exposition réelle des pollinisateurs, adaptée aux spécificités régionales des agroécosystèmes.
Conclusion
L’exposition aux pesticides lors de la pollinisation varie significativement selon les espèces d’abeilles et le statut (sauvage vs. élevage). Cette hétérogénéité doit être pleinement considérée dans les politiques agricoles et les évaluations de risques, afin de garantir la pérennité des services de pollinisation et la conservation de la biodiversité entomologique.
Source : https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0048969726002536?dgcid=rss_sd_all











