PFAS : quelle part de l’exposition provient de l’alimentation et de l’eau potable ?

PFAS : quelle part de l’exposition provient de l’alimentation et de l’eau potable ?

Les substances per- et polyfluoroalkylées, plus connues sous le nom de PFAS, sont largement utilisées pour leurs propriétés antiadhésives, imperméabilisantes et résistantes aux fortes températures. Présentes dans de nombreux produits industriels et de consommation courante, elles peuvent se retrouver dans l’environnement, la chaîne alimentaire et les ressources en eau.

L’article publié dans Journal of Food Composition and Analysis compare la contribution de deux voies d’exposition importantes : l’ingestion d’aliments et la consommation d’eau potable. Cette comparaison permet de mieux comprendre les sources auxquelles la population peut être exposée au quotidien.

Des composés persistants dans l’environnement

Les PFAS regroupent plusieurs milliers de substances chimiques. Leur principal point commun est leur grande stabilité, qui leur vaut parfois le surnom de « polluants éternels ». Cette persistance limite leur dégradation naturelle et favorise leur accumulation dans certains milieux.

On peut notamment les retrouver dans :

  • les eaux superficielles et souterraines ;
  • les sols contaminés par des activités industrielles ou des mousses anti-incendie ;
  • certains aliments d’origine animale ou végétale ;
  • les emballages et matériaux en contact avec les denrées alimentaires.

L’exposition humaine dépend donc de plusieurs facteurs, parmi lesquels le lieu de résidence, les habitudes alimentaires, la qualité de l’eau et la présence éventuelle d’une source locale de contamination.

Comparer l’alimentation et l’eau potable

L’objectif de l’étude est d’estimer l’apport journalier de PFAS associé à la consommation d’aliments et d’eau potable. Les auteurs s’appuient sur les concentrations mesurées dans différents produits ainsi que sur les quantités généralement consommées.

Cette approche permet de distinguer deux situations :

  1. Une exposition diffuse par l’alimentation, liée à la présence de PFAS dans différents aliments et à la consommation répétée de ces produits.
  2. Une exposition potentiellement localisée par l’eau potable, qui peut devenir significative lorsque la ressource est située à proximité d’une zone contaminée.

La comparaison ne conduit pas nécessairement à une conclusion identique pour toutes les populations. La contribution relative de l’eau et des aliments peut varier selon les concentrations relevées, la composition du régime alimentaire et la quantité d’eau consommée.

L’alimentation, une voie d’exposition à surveiller

L’alimentation constitue une voie d’exposition importante, car elle combine la consommation régulière de nombreux produits. Certains aliments peuvent présenter des concentrations plus élevées que d’autres, notamment lorsqu’ils proviennent de milieux contaminés ou se trouvent plus haut dans la chaîne alimentaire.

Les denrées d’origine animale peuvent faire l’objet d’une attention particulière, car certains PFAS sont capables de se concentrer dans les organismes vivants. Toutefois, l’exposition alimentaire ne dépend pas d’un seul aliment : elle résulte de l’ensemble des habitudes de consommation.

L’étude souligne ainsi l’intérêt de disposer de données fiables sur les concentrations présentes dans les différents groupes d’aliments et de tenir compte des spécificités régionales.

Le rôle déterminant de la qualité de l’eau

Dans les zones où l’eau potable est peu contaminée, sa contribution à l’exposition totale peut rester limitée par rapport à celle de l’alimentation. En revanche, lorsqu’une pollution est détectée dans une ressource utilisée pour la production d’eau potable, l’eau peut devenir une source importante, voire dominante, d’exposition.

Cette situation explique pourquoi la surveillance des captages, des réseaux de distribution et des installations de traitement est essentielle. Elle permet d’identifier rapidement les secteurs concernés et de mettre en place, si nécessaire, des mesures de réduction de l’exposition.

Une évaluation qui doit intégrer les habitudes de vie

L’estimation de l’apport journalier en PFAS ne repose pas uniquement sur la concentration mesurée dans un aliment ou dans l’eau. Elle doit également prendre en compte :

  • le poids corporel ;
  • la fréquence et la quantité des consommations ;
  • l’âge et les besoins spécifiques des individus ;
  • la durée d’exposition ;
  • les différences entre les zones géographiques ;
  • les variations entre les types de PFAS étudiés.

Les nourrissons, les enfants et les personnes consommant régulièrement des produits issus d’une zone contaminée peuvent présenter des profils d’exposition différents de ceux de la population générale.

Pourquoi cette comparaison est-elle utile ?

Comparer l’exposition alimentaire et hydrique aide les autorités à mieux hiérarchiser les mesures de prévention. Lorsque l’eau représente une part importante de l’exposition, les actions peuvent porter sur la protection des captages, le traitement de l’eau ou la recherche de sources de contamination.

Lorsque l’alimentation constitue la principale voie d’exposition, la surveillance des denrées, la traçabilité des productions et l’information des consommateurs deviennent prioritaires.

Cette approche permet également d’éviter une vision trop générale du risque. Une même valeur moyenne peut en effet masquer des écarts importants entre les territoires et entre les individus.

Des enjeux persistants pour la santé publique

Les PFAS font l’objet d’une attention croissante en raison de leur persistance et de leur présence dans de nombreux environnements. Certaines études les associent à des effets potentiels sur le système immunitaire, le métabolisme, le développement ou certains paramètres hormonaux. Les effets dépendent toutefois de la substance concernée, du niveau d’exposition et de la durée de contact.

La comparaison entre l’alimentation et l’eau potable apporte donc un éclairage utile pour évaluer l’exposition globale. Elle rappelle surtout qu’aucune source ne doit être analysée isolément : la consommation d’eau, le régime alimentaire et le contexte environnemental se combinent au quotidien.

À retenir

  • Les PFAS peuvent être présents dans l’eau, les aliments et différents produits de consommation.
  • L’alimentation constitue une voie d’exposition régulière et diffuse.
  • L’eau potable peut représenter une contribution importante lorsqu’une ressource est localement contaminée.
  • Les apports journaliers varient selon les habitudes alimentaires, le lieu de résidence et la qualité de l’eau.
  • Une surveillance combinée des aliments et des ressources hydriques est nécessaire pour mieux protéger la population.

La comparaison étudiée met en évidence l’intérêt d’une évaluation globale de l’exposition aux PFAS. Plutôt que d’opposer systématiquement l’eau et l’alimentation, il est préférable d’identifier, pour chaque territoire et chaque population, les voies qui contribuent le plus à l’apport total.