Contamination et Risques Sanitaires des Métaux Lourds, BPA et Phtalates dans les Moules de Naples

Évaluation de la Présence, Distribution et Risques Sanitaires des Métaux Lourds, Bisphénol A et Phtalates dans les Moules (Mytilus galloprovincialis) du Golfe de Naples

Introduction

L'étude approfondit la pollution des eaux napolitaines par des contaminants chimiques, notamment les métaux lourds, le bisphénol A (BPA) et les phtalates, en mettant l’accent sur leur bioaccumulation dans Mytilus galloprovincialis. Cette évaluation vise à clarifier l’état de contamination de ces coquillages fréquemment consommés et à quantifier les risques sanitaires associés pour le consommateur local.

Matériel et Méthodes

Échantillonnage

Des moules ont été collectées à travers divers sites représentatifs de la baie de Naples, incluant des zones industrielles, portuaires et plus éloignées, afin de fournir une cartographie précise de la contamination régionale. L'analyse s’est concentrée sur sept métaux lourds (cadmium, plomb, mercure, cuivre, nickel, zinc, chrome), ainsi que sur la présence du BPA et de six phtalates majeurs.

Méthodes Analytiques

Pour les métaux lourds, les techniques de spectrométrie d’absorption atomique ont été utilisées après minéralisation des échantillons, assurant une quantification précise même à l’état de traces. Le BPA et les phtalates ont été extraits via des protocoles de chromatographie en phase gazeuse, couplée à la spectrométrie de masse pour garantir la spécificité des mesures.

Résultats

Distribution des Contaminants

Les concentrations de métaux lourds présentaient des variations significatives selon la proximité des sources de pollution anthropique. Le cadmium et le plomb atteignaient des pics dans les zones proches du trafic maritime et des rejet industriels. Pour ces deux métaux, certains prélèvements excédaient les seuils réglementaires européens applicables aux mollusques comestibles. En revanche, des niveaux moins élevés de mercure, cuivre et nickel ont été détectés, restant majoritairement en dessous des limites sanitaires fixées.

Concentration du Bisphénol A et des Phtalates

Tous les échantillons montraient une présence notable de BPA, avec des valeurs plus élevées à proximité des zones urbaines denses. Parmi les phtalates, le DEHP et le DBP étaient les plus prédominants, reflétant une exposition continue des eaux côtières à ces plastifiants.

Bioaccumulation

L’analyse a révélé que la concentration de contaminants augmentait avec le temps d’exposition environnementale des moules, confirmant leur rôle de bioindicateurs de la qualité de l’écosystème marin local.

Évaluation de l’Exposition et des Risques pour le Consommateur

Intoxication Chronique aux Métaux Lourds

L’apport hebdomadaire moyen de métaux lourds via la consommation de moules de Naples a été comparé aux doses journalières admissibles (DJA) internationalement acceptées. Dans certains quartiers, la consommation régulière de Mytilus galloprovincialis exposait la population à des niveaux de cadmium et de plomb proches, voire supérieurs, aux seuils sanitaires.

Risques liés au Bisphénol A

Le BPA, considéré comme perturbateur endocrinien, pose des risques particuliers pour les groupes vulnérables. Bien que les quantités mesurées restent inférieures aux seuils de sécurité européenne, la consommation cumulative pourrait constituer un facteur de risque non négligeable à long terme.

Exposition aux Phtalates

La présence élevée de DEHP et de DBP dans certains échantillons suggère une exposition chronique possible. Les calculs de la marge d’exposition (MOE) mettent en avant une marge de sécurité réduite pour les populations consommant fréquemment ces coquillages.

Discussion

Implications pour la Santé Publique

Ce panorama de contamination souligne la nécessité d’une surveillance continue, particulièrement dans les zones à forte activité humaine. En effet, la tendance à l’accumulation de plusieurs contaminants dans une même matrice alimentaire ajoute un facteur de risque insuffisamment pris en compte par des évaluations séparées.

Recommandations

Un contrôle régulier et coordonné de la qualité des eaux et des fruits de mer s’impose, avec une communication renforcée auprès des consommateurs quant aux risques potentiels et aux bonnes pratiques d'alimentation.

Conclusion

L’étude met en exergue l’exposition des consommateurs napolitains aux métaux lourds, au BPA et aux phtalates à travers la consommation de moules locales. Malgré le respect général des normes européennes, la présence simultanée de multiples contaminants et leur bioaccumulation soulèvent des inquiétudes justifiant la vigilance accrue et l’application de mesures de gestion des risques.


Source : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S088915752501018X?dgcid=rss_sd_all