Cyflumétofène dans la fraise : Occurrence, dégradation, métabolisme et risques pour la sécurité alimentaire

Évaluation de l'occurrence, de la dégradation, du métabolisme et des risques du cyflumétofène dans la culture et la transformation de la fraise

Introduction

L’utilisation croissante de produits phytosanitaires dans la culture de la fraise soulève des préoccupations quant aux résidus chimiques présents dans les fruits destinés à la consommation. Le cyflumétofène, un acaricide d’usage courant, fait l'objet d'une attention particulière en raison de son efficacité mais aussi des incertitudes quant à son devenir après traitement, notamment lors des différentes étapes de culture et de transformation des fraises. Cette étude vise à caractériser de manière approfondie la présence, la dégradation, les voies métaboliques et les risques associés au cyflumétofène en contexte réel de production et de transformation des fraises.

Présence et dissipation du cyflumétofène dans la culture de la fraise

Application et dépôts initials

Après traitement des fraisiers avec du cyflumétofène selon les pratiques agricoles standards, des analyses systématiques révèlent que des niveaux mesurables de résidus apparaissent immédiatement sur la surface des fruits. Ces dépôts initiaux sont directement reliés à la concentration appliquée et à la configuration des cultures, influençant le risque de dépassement des seuils réglementaires européens et internationaux.

Dégradation en champ

La dissipation du cyflumétofène dans les fraises suit une cinétique biphasique, où la majeure partie de la molécule se dégrade rapidement durant les premiers jours suivant le traitement. Les modélisations mathématiques de la courbe de décroissance indiquent des demi-vies variant de 2 à 5 jours selon les conditions agro-éclimatiques. Cependant, le composé persiste parfois jusqu'à la récolte, nécessitant une attention soutenue à la fixation des délais d'attente avant cueillette.

Métabolisme du cyflumétofène : analyse des produits de dégradation

Identification des principaux métabolites

Des investigations analytiques approfondies à l’aide de spectrométrie de masse et de chromatographie ont permis d’identifier plusieurs produits de transformation métabolique du cyflumétofène dans les baies de fraise. Parmi ceux-ci, le TP-109 et TP-150 se révèlent les métabolites majeurs. Leur formation résulte de processus enzymatiques spécifiques et leur accumulation dépend du stade de maturité du fruit au moment de l’application.

Mobilité et bioconversion dans le tissu végétal

Les métabolites identifiés présentent une mobilité variable dans la plante. Certains sont confinés à l'épiderme, alors que d’autres migrent vers la pulpe, influençant directement la quantité résiduelle retrouvée après transformation et consommation. La rapidité de cette bioconversion, tout comme la voie métabolique préférentielle — hydroxylation, décyclisation — reste étroitement dépendante des conditions environnementales et de la maturité des fruits.

Impact des procédés de transformation sur les résidus de cyflumétofène

Lavage, épluchage et transformation industrielle

Les étapes de lavage industriel et domestique contribuent significativement à la réduction des résidus de cyflumétofène sur les fraises fraîches. Selon la durée et l’intensité du lavage, une élimination allant jusqu’à 60 % des résidus initiaux est observée, tandis que l’épluchage permet un abattement supplémentaire, en particulier pour les composés hydrophobes demeurant en surface.

Dans le cadre d’une transformation plus poussée (confiture, purée), la diminution des résidus s’accentue, mais diffère selon l’affinité du composé pour la matrice aqueuse ou lipidique. Les métabolites hydrophiles sont plus aisément solubilisés et évacués lors du brassage ou du chauffage.

Persistance après chauffage et traitement thermique

Bien que la plupart des résidus de cyflumétofène et de ses métabolites soient sensibles à la chaleur (désintégration partielle lors de la cuisson), certaines fractions persistent, surtout dans les produits industriels peu transformés. Les analyses quantitatives soulignent que le risque résiduel ne doit pas être sous-estimé dans les produits transformés issus de fruits frais traités peu avant récolte.

Évaluation du risque sanitaire : exposition et sécurité du consommateur

Quantification de l’exposition grâce à des modèles alimentaires

L’extrapolation des données de résidus à l'étape de la consommation permet d’établir des scénarios d’exposition pour différents groupes de consommateurs, avec un focus sur les enfants, souvent plus sensibles. Les concentrations résiduelles mesurées après traitement, transformation et stockage sont confrontées aux limites maximales de résidus (LMR) réglementaires, ainsi qu’aux valeurs de dose journalière admissible (DJA).

Risques cumulés et recommandations

Les résultats révèlent que, dans des conditions normales d’utilisation du cyflumétofène, les niveaux de résidus dans les fraises fraîches et transformées restent largement en dessous des seuils de toxicité, y compris lors d’une consommation quotidienne élevée. Toutefois, des écarts significatifs existent selon la conformité des pratiques agricoles et la rigueur des procédés de nettoyage. L’étude recommande ainsi un strict respect des Delais Avant Récolte (DAR) et encourage l’optimisation des procédés de lavage industriel en complément des contrôles réglementaires.

Synthèse et perspectives

Les recherches sur le cyflumétofène démontrent qu’une gestion rigoureuse du calendrier de traitements, une compréhension accrue de sa dynamique de dégradation et l’optimisation des procédés de transformation sont essentielles pour garantir la sécurité alimentaire des fraises. Le respect des délais et des pratiques standardisées permet de minimiser la présence de résidus et de métabolites, assurant la protection des consommateurs tout en maintenant l’efficacité agronomique du produit. Des investigations complémentaires sur le potentiel de bioaccumulation et l’identification de potentiels effets subchroniques sont proposées pour affiner les recommandations à venir.

Source : https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0308814626007090?dgcid=rss_sd_all