One Health : pourquoi l’exposome devrait être au centre des préoccupations
One Health : l’exposome, un levier important pour la santé globale à mieux considérer
Le concept « One Health », ou « Une Seule Santé », prône une approche intégrée qui relie la santé humaine, animale et environnementale. Malgré cette approche englobante, un facteur crucial demeure souvent marginalisé : l’exposome. Cette lacune nécessite une attention accrue, car comprendre sa portée est crucial pour relever efficacement les défis actuels en santé globale.
L’exposome : de quoi parle-t-on exactement ?
Introduit par Christopher Wild en 2005, l’exposome désigne l’ensemble des expositions auxquelles un individu est soumis durant toute sa vie. Ces expositions peuvent être d’origine environnementale, alimentaire, chimique, biologique ou sociale. En somme, l’exposome complète l’approche génétique en intégrant les facteurs externes qui influencent directement la santé.
Ce concept revêt une grande complexité, puisqu’il s’étend de la pollution atmosphérique et des perturbateurs endocriniens aux styles de vie, au stress socio-économique, ou encore aux interactions microbiologiques. Les effets combinés et individuels de ces facteurs peuvent être subtils, mais profondément déterminants pour le bien-être tant animal qu’humain.
Pourquoi intégrer l’exposome dans l’approche One Health ?
Afin que le concept de One Health puisse réellement livrer tous ses bénéfices, il lui est indispensable d’intégrer pleinement l’exposome. Ignorer ou sous-évaluer l’importance de ces facteurs d’exposition conduit inévitablement à des approximations et à une efficacité moindre dans les mesures prises en santé publique.
De nombreux troubles de santé publique montrent des liens directs ou indirects avec l’exposome : allergies, maladies chroniques telles que cancers, maladies cardiovasculaires, ou troubles métaboliques. L’émergence de nouvelles affections zoonotiques, accentuée par les changements climatiques et la pression humaine croissante sur les écosystèmes, illustre parfaitement pourquoi une prise en compte approfondie des interactions complexes est indispensable.
Un défi méthodologique crucial
Une prise en compte efficiente de l’exposome dans l’approche One Health doit s’accompagner d’avancées méthodologiques solides. Plusieurs enjeux clés subsistent : comment collecter efficacement ces innombrables données ? Comment les analyser précisément, les interpréter et, surtout, les traduire en mesures préventives concrètes ?
Face à cette tâche complexe, l’utilisation des sciences omiques – telles que la génomique, métabolomique, protéomique – apparaît indispensable. Associées à l’utilisation croissante d’outils de traitement massifs de données (bio-informatique, intelligence artificielle), ces méthodes ouvrent des perspectives prometteuses pour gérer les multiples facettes de l’exposome.
La nécessaire collaboration interdisciplinaire
Une intégration optimale de l’exposome demande bien sûr des collaborations étroites entre professionnels aux expertises diverses : médecins, vétérinaires, épidémiologistes, biologistes, spécialistes des sciences des données et acteurs des politiques publiques.
Cet effort d’interdisciplinarité est la condition sine qua non de projets scientifiques réellement holistiques et efficaces. Le partage d’informations et de connaissances à l’échelle internationale est indispensable pour comprendre au mieux les particularités locales, régionales et mondiales.
L’importance des politiques publiques éclairées
Pour faire évoluer efficacement les stratégies de prévention, les décideurs politiques doivent intégrer l’exposome dans l’élaboration des politiques publiques. Cela signifie identifier clairement les risques liés à l’exposition chronique à divers facteurs environnementaux et sociaux.
Des mesures préventives pertinentes doivent ainsi émerger, basées sur des constats scientifiques solides, permettant de réduire les expositions nuisibles et d’améliorer les conditions de vie des populations humaines et animales. Cela implique une sensibilisation accrue du public et des praticiens de santé à ces questions.
Exemples concrets et projets pionniers
Quelques initiatives émergent déjà afin de combler ces lacunes : le projet européen HEALS (« Health and Environment-Wide Associations based on Large population Surveys ») cherche à comprendre et modéliser les effets combinés de différents facteurs environnementaux et sociaux sur la santé avec précision.
De même, le projet EXPOSOME-NL aux Pays-Bas mobilise recherches et ressources pour déchiffrer ces interactions complexes et proposer des solutions applicables sur le terrain. Bien que rares pour l’instant, ces initiatives démontrent qu’une approche sérieuse et intégrée de l’exposome est tout à fait possible.
Conclusion : une priorité à inscrire dans l’agenda global
Inclure pleinement l’exposome dans la stratégie One Health est aujourd’hui crucial afin de préserver de manière proactive la santé des populations humaines et animales ainsi que celle des écosystèmes.
L’enjeu est clair : reconnaître officiellement et appliquer concrètement l’intégration de l’exposome devait devenir une véritable priorité scientifique, médicale et politique dans les prochaines années. C’est seulement à ce prix que la démarche One Health pourrait véritablement tenir ses promesses et répondre aux défis sanitaires complexes du 21e siècle.



