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Détecter la maladie de Phytophthora dans les agrumes grâce aux drones multispectraux et à l’IA

Détecter Phytophthora dans les vergers d’agrumes grâce aux drones et à l’intelligence artificielle

La détection précoce des maladies constitue un enjeu majeur pour la productivité et la durabilité des vergers d’agrumes. Parmi les principales menaces, Phytophthora peut provoquer le dépérissement des arbres, des lésions au niveau du collet et des racines, ainsi qu’une baisse progressive des rendements.

Une étude publiée dans la revue Applied Sciences explore une approche fondée sur l’imagerie aérienne multispectrale et l’intelligence artificielle. L’objectif est d’identifier les signes associés à la présence de Phytophthora à partir d’images acquises par drone, en combinant le modèle de détection RF-DETR avec plusieurs indices spectraux.

Une surveillance plus rapide des vergers

Les méthodes traditionnelles de diagnostic reposent généralement sur l’observation visuelle, l’échantillonnage sur le terrain et les analyses en laboratoire. Bien que précises, ces techniques peuvent être longues, coûteuses et difficiles à déployer sur de grandes surfaces.

Les drones équipés de capteurs multispectraux offrent une solution complémentaire. Ils permettent de couvrir rapidement un verger et de recueillir des informations dans différentes bandes du spectre lumineux, notamment dans le visible et le proche infrarouge. Ces données peuvent révéler des variations de vigueur ou de stress avant que les symptômes ne soient clairement visibles à l’œil nu.

Le rôle des indices spectraux

Les indices spectraux sont calculés à partir de la réflexion de la lumière par la végétation. Ils servent notamment à caractériser la vigueur des arbres, leur teneur relative en pigments ou les signes de stress hydrique et physiologique.

Dans le cadre de cette approche, les images multispectrales sont enrichies par une fusion d’indices spectraux. Cette combinaison vise à fournir au modèle d’intelligence artificielle des informations plus pertinentes que les seules images brutes.

Selon les bandes utilisées, ces indices peuvent aider à distinguer :

  • les arbres présentant une croissance normale ;
  • les zones montrant un affaiblissement de la végétation ;
  • les variations de densité ou de couleur du feuillage ;
  • les symptômes potentiellement liés à une infection par Phytophthora.

Cette méthode ne se limite donc pas à l’analyse d’une couleur visible. Elle exploite plusieurs signaux pour mieux décrire l’état des arbres et repérer des anomalies dans la parcelle.

RF-DETR pour localiser les arbres affectés

Le modèle RF-DETR est utilisé pour détecter et localiser les éléments d’intérêt dans les images aériennes. Dans cette étude, il est associé aux données multispectrales et aux indices calculés afin d’identifier les arbres susceptibles d’être touchés.

L’intérêt d’un tel modèle est de pouvoir analyser automatiquement un grand volume d’images et de produire une cartographie des zones à surveiller. Les opérateurs peuvent ainsi disposer d’une première estimation de la répartition des arbres présentant des symptômes ou des caractéristiques anormales.

La fusion entre l’imagerie et les indices spectraux cherche également à améliorer la robustesse de la détection. Un arbre malade peut en effet présenter des symptômes variables selon son âge, la saison, les conditions météorologiques ou le niveau d’avancement de l’infection. L’utilisation de plusieurs sources d’information permet de réduire la dépendance à un seul indicateur visuel.

De l’image aérienne à la décision agronomique

L’un des principaux atouts de cette technologie réside dans sa capacité à transformer les images en informations directement exploitables. Une fois les arbres potentiellement atteints identifiés, les agronomes peuvent organiser des inspections ciblées et réaliser des prélèvements uniquement dans les zones prioritaires.

Cette démarche pourrait contribuer à :

  • réduire le temps consacré aux prospections manuelles ;
  • repérer plus tôt les secteurs présentant un risque ;
  • mieux cibler les analyses en laboratoire ;
  • suivre l’évolution des symptômes au fil du temps ;
  • optimiser les interventions et l’utilisation des intrants ;
  • limiter la propagation de la maladie dans les parcelles.

L’imagerie par drone ne remplace toutefois pas le diagnostic agronomique ou biologique. Elle constitue plutôt un outil de dépistage et d’aide à la décision. Les anomalies détectées doivent être confirmées par une observation sur le terrain et, si nécessaire, par des analyses spécifiques.

Des limites à prendre en compte

La performance d’un système de détection dépend fortement de la qualité et de la diversité des données utilisées pour son entraînement. Les images doivent couvrir différentes variétés d’agrumes, conditions de luminosité, saisons, pratiques culturales et intensités d’infection.

D’autres facteurs peuvent également perturber l’analyse :

  • le stress hydrique ou nutritionnel ;
  • les dégâts causés par des insectes ;
  • les maladies présentant des symptômes similaires ;
  • les ombres produites par les arbres ;
  • la densité de plantation ;
  • la résolution et la calibration des capteurs.

Pour passer du prototype à une utilisation opérationnelle, il est donc nécessaire de valider le modèle dans des vergers différents de ceux ayant servi à son développement. La standardisation des vols, la qualité des annotations et la disponibilité de données de terrain restent essentielles.

Vers une agriculture de précision plus réactive

L’association d’un drone multispectral, d’indices de végétation et d’un modèle de détection comme RF-DETR illustre les progrès de l’agriculture de précision. En fournissant une vision détaillée et géolocalisée de l’état des arbres, cette technologie peut aider les producteurs à intervenir de manière plus rapide et plus ciblée.

À terme, ces outils pourraient être intégrés à des plateformes de suivi des vergers capables de comparer automatiquement les observations réalisées à différentes dates. L’objectif serait de détecter les changements, d’établir des cartes de risque et de faciliter la planification des inspections.

La méthode étudiée ouvre ainsi des perspectives intéressantes pour la surveillance de Phytophthora dans les agrumes. Son efficacité dépendra néanmoins de sa validation sur le terrain, de la qualité des données et de son intégration dans les pratiques quotidiennes des producteurs.

Comment la pulvérisation phytosanitaire par drone réduit les pertes de rendement agricole

Raffiner l’usage des pesticides grâce à la protection phytosanitaire par drone : une avancée pour limiter les pertes de rendement

Introduction

L’agriculture moderne doit concilier productivité, rentabilité et respect de l’environnement. Face aux défis croissants liés aux pertes de rendement causées par les organismes nuisibles, les nouvelles technologies comme les drones s’imposent comme des leviers d’optimisation. L’intégration de la pulvérisation phytosanitaire par drones ouvre la voie à un raffinement stratégique de l’application des pesticides, réduisant à la fois les impacts écologiques et les pertes agricoles.

Les limites des méthodes conventionnelles de pulvérisation de pesticides

La protection des cultures s’appuie historiquement sur la pulvérisation aérienne ou terrestre, selon des techniques qui présentent plusieurs limitations majeures :

  • Application généralisée de pesticides qui entraîne une consommation excessive de produits chimiques.
  • Manque de précision spatiale, causant une exposition non ciblée des surfaces cultivées et adjacentes.
  • Dérive des gouttelettes et pertes dans l’environnement, accentuant les risques de contamination des sols et de l’eau.
  • Impact sur la biodiversité, du fait de l’exposition involontaire d’espèces non visées.

Cette inefficience a un coût environnemental et économique, tout en laissant persister des pertes de rendement dues à une protection souvent inadéquate ou inégale des cultures.

L’innovation des drones dans la gestion phytosanitaire

Les drones représentent une transformation radicale dans la manière d’appliquer les pesticides :

  • Précision accrue : Grâce au contrôle GPS, les drones peuvent cibler des zones précises, limitant la dispersion inutile de produits.
  • Flexibilité opérationnelle : Interventions facilitées sur des parcelles difficiles d’accès ou lors de conditions météorologiques limitant l’utilisation des engins terrestres.
  • Adaptabilité : Réglages possibles de la hauteur de vol, du volume des gouttelettes et du débit en fonction de la culture ou du niveau d’infestation observé.

L’utilisation des drones permet ainsi de corréler l’application des pesticides aux besoins réels, favorisant une stratégie de traitement localisé et dynamique.

Apport des technologies de l’information

L’évolution de l’imagerie numérique, de la télédétection et du traitement de données offre un appui inédit à l’optimisation de la protection des cultures :

  • Détection précoce des foyers d’infestation via des images haute résolution et l’analyse automatisée grâce à l’intelligence artificielle.
  • Cartographie précise des besoins pour ajuster ponctuellement les applications de pesticides.
  • Suivi en temps réel de l’efficacité des traitements et réajustement immédiat des stratégies d’application.

Les drones, couplés à ces outils analytiques, incarnent la notion d’agriculture de précision, où chaque intrant est dosé judicieusement.

Réduction des pertes de rendement

L’application ciblée de pesticides par drones apporte des bénéfices mesurables pour les exploitations agricoles :

  • Réduction significative des pertes de rendement : Les interventions rapides et localisées limitent la prolifération rapide des nuisibles ou pathogènes.
  • Uniformisation de la couverture : Les risques de zones sous-protégées ou sur-traitées sont fortement réduits.
  • Gain dans la qualité de la récolte : Le stress chimique est moindre pour les cultures, contribuant à une meilleure qualité agronomique du produit final.

Impact environnemental et durabilité

Le recours aux drones permet une diminution substantielle des volumes de pesticides employés, avec des atouts forts pour l’environnement :

  • Moindre contamination des eaux et des sols par limitation de la dérive et des épandages excessifs.
  • Préservation de la biodiversité alliée grâce à la restriction des traitements aux seules zones affectées.
  • Réduction de l’empreinte carbone de la protection phytosanitaire, les drones consommant peu d’énergie comparativement aux solutions conventionnelles.

Challenges et perspectives d’avenir

Le déploiement massif des drones pour la phytoprotection rencontre certaines contraintes :

  • Adaptation des cadres réglementaires dans de nombreux pays pour permettre leur usage en routine.
  • Formation des opérateurs et structuration de compétences spécifiques à la manipulation et au diagnostic assisté par données.
  • Amélioration continue des algorithmes de détection afin d’augmenter encore la sensibilité aux stress biologiques.

À court terme, le potentiel d’innovation des drones en agriculture reste immense au vu de leur intégration possible avec d’autres outils connectés (systèmes d’irrigation de précision, capteurs sols, météo connectée).

Conclusion

La pulvérisation par drone, conjuguée à l’agriculture de précision, marque une étape clé dans la démarche d’écologisation de la protection des cultures. Ce raffinement de l’usage des pesticides, ajusté en temps réel grâce aux données issues du terrain, offre une réponse prometteuse au dilemme du rendement sécurisé dans un contexte de contraintes environnementales accrues. Il ouvre la voie à une agriculture à la fois compétitive, responsable et proactive face aux défis phytosanitaires contemporains.

Source : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0306919226000023?dgcid=rss_sd_all