Coquillages : une source émergente de transmission du virus de l’hépatite E
Étude sur les coquillages : une source potentielle du virus de l’hépatite E (VHE)
Introduction
L’hépatite E demeure l’une des zoonoses virales émergentes les plus préoccupantes sur le plan de la sécurité alimentaire mondiale. Ce virus, le VHE, s’est imposé comme un pathogène d’importance croissante, affectant aussi bien des populations humaines que diverses espèces animales. Les coquillages, reconnus pour leur capacité à accumuler des pathogènes présents dans leur environnement aquatique, suscitent une attention particulière quant à leur rôle potentiel dans la transmission du VHE à l’homme. Ce phénomène soulève d’importantes questions relatives à l’évaluation des risques sanitaires et à la surveillance des aliments d’origine marine.
Le virus de l’hépatite E : contexte général
Le VHE appartient à la famille des Hepeviridae, génome à ARN simple brin de polarité positive, et se divise en plusieurs génotypes. Alors que certains sont essentiellement zoonotiques (comme les génotypes 3 et 4), d’autres concernent plus spécifiquement la transmission hydrique en zones endémiques. En Europe et dans de nombreux autres territoires industrialisés, le VHE est aujourd’hui majoritairement contracté via l’alimentation, notamment la consommation de produits animaux insuffisamment cuits.
Les coquillages, filtres d’agents pathogènes
Les coquillages, principalement les huîtres, les moules et les palourdes, sont reconnus pour leur aptitude à filtrer de larges volumes d’eau afin d’en extraire nutriments et particules alimentaires. Ce processus de filtration rend ces invertébrés marins vulnérables à la bioaccumulation de contaminants microbiens, incluant des virus entériques comme le VHE. Les eaux côtières soumises à la pollution fécale provenant des rejets urbains ou agricoles constituent des sources potentielles de contamination virale.
Modes de contamination
- Présence de VHE dans les matrices aquatiques suite à des déversements d’eaux usées.
- Capacité des coquillages à absorber et stocker ces particules virales dans leurs tissus digestifs.
- Transmission possible à l’homme lors de la consommation de coquillages crus ou insuffisamment cuits.
Méthodologie de l’étude
La présente étude combine une analyse documentaire approfondie et l’évaluation d’échantillons collectés en zones de production conchylicole. Les coquillages ont été prélevés dans différents estuaires et lagunes puis testés pour la présence d’ARN du VHE via des techniques de biologie moléculaire telles que la RT-qPCR. Les résultats de séquençage ont permis d’identifier, lorsque cela était possible, le génotype viral en cause.
Résultats et observations
Prévalence du VHE dans les coquillages
- Le taux de détection de l’ARN du VHE dans les coquillages varie considérablement selon les régions, mais peut atteindre jusqu’à 8–10 % dans certaines zones à risque.
- Les huîtres et les moules présentent des taux de contamination significatifs, souvent corrélés à une mauvaise qualité des eaux de production.
- L’analyse de la diversité génétique indique que les séquences de VHE détectées dans les coquillages appartiennent majoritairement au génotype 3, responsable de la majorité des infections autochtones humaines en Europe.
Facteurs de risque identifiés
- Proximité des zones de production avec des rejets d’eaux usées humaines ou animales.
- Saisonnalité des contaminations, celles-ci étant plus fréquentes après des épisodes pluvieux et durant les saisons à forte fréquentation touristique.
- Vulnérabilité accrue pour les consommateurs de coquillages crus, notamment dans certaines pratiques culinaires.
Conséquences pour la santé publique
L’ingestion de coquillages crus ou peu cuits contaminés par le VHE représente un risque non négligeable de transmission à l’homme. Les infections à VHE peuvent évoluer vers des formes sévères, notamment chez les personnes immunodéprimées, les femmes enceintes ou les individus atteints de maladies hépatiques chroniques. Les cas rapportés montrent que l’origine alimentaire (incluant les produits marins) est sous-estimée dans la transmission du virus.
Recommandations et perspectives
Renforcement de la surveillance
- Surveillance systématique de la qualité virologique des coquillages commercialisés.
- Développement de référentiels de méthodologies de détection du VHE dans les matrices aquatiques.
- Intégration du VHE dans les contrôles sanitaires des denrées issues de la conchyliculture.
Amélioration des pratiques de production
- Traitement systématique des eaux usées avant diffusion en milieu naturel.
- Définition de zones protégées pour la récolte des coquillages et surveillance accrue des points d’émission de rejets.
Information des consommateurs
- Sensibilisation sur les risques associés à la consommation crue de produits marins.
- Promotion de modes de cuisson adéquats pour neutraliser les pathogènes potentiels.
Conclusion
L’étude met en lumière le rôle non négligeable des coquillages comme vecteur potentiel du VHE. Leur capacité à concentrer ce virus les désigne comme aliments à risque, et justifie la mise en place de dispositifs de surveillance adaptés. La gestion efficace de cette problématique passe nécessairement par une approche intégrée mobilisant l’ensemble des acteurs de la filière, depuis la production jusqu’à la consommation.






