Additifs plastiques dans les bivalves comestibles : occurrence et risques sanitaires
Présence d’additifs plastiques dans les bivalves comestibles et implications sanitaires
Introduction
La pollution par les plastiques et leurs additifs pose un défi majeur à la sécurité alimentaire mondiale, en particulier pour les fruits de mer filtrants comme les bivalves (huîtres, moules, palourdes). Les additifs plastiques, incluant phtalates, bisphénols ou retardateurs de flamme, sont fréquemment incorporés aux polymères synthétiques et peuvent migrer dans l’environnement marin puis s’accumuler dans les organismes aquatiques consommés par l’homme. Cet article explore la prévalence de ces composés dans les bivalves destinés à l’alimentation et évalue les risques sanitaires liés à leur ingestion.
Bivalves, bioaccumulation et exposition aux additifs plastiques
Les bivalves, en filtrant de larges volumes d’eau, concentrent naturellement de nombreux polluants dont les microplastiques et leurs additifs. Des études récentes rapportent la présence de concentrations notables de phtalates (tels que DEHP, DBP), de bisphénol A, et de retardateurs de flamme bromés dans des échantillons de moules (Mytilus spp.) et d’huîtres collectés dans des zones côtières urbaines et industrielles.
Principaux additifs retrouvés
- Phtalates (DEHP, DBP) : largement utilisés comme plastifiants, ces substances ont été détectées jusqu'à des niveaux dépassant 25 ng/g de poids frais chez certaines espèces examinées.
- Bisphénol A (BPA) : composé fréquemment utilisé dans la fabrication de plastiques polycarbonates, présent dans différents bivalves à des teneurs variables selon les sites d’échantillonnage.
- Retardateurs de flamme bromés : retrouvés en quantités moindres mais significatives, surtout près des zones urbaines à forte densité industrielle.
Ces contaminations dépendent directement de la proximité des sources d'émissions plastiques, des caractéristiques hydrodynamiques locales et de la capacité d'accumulation spécifique à chaque espèce de bivalve.
Voies d’exposition humaine et évaluation du risque sanitaire
La consommation régulière de bivalves expose directement l’homme à ces additifs plastiques. Une quantification de l’ingestion orale estimée via la consommation moyenne a permis d’évaluer le niveau de risque pour différentes populations.
Évaluation quantitative du risque
En croisant les concentrations détectées dans les tissus comestibles avec les quantités moyennes consommées par habitant, les chercheurs ont estimé l’exposition orale journalière à chaque additif. Les résultats mettent en évidence que, pour la plupart des composés, l’exposition demeure bien inférieure aux seuils de sécurité fixés par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) ou l’Agence américaine EPA. Toutefois, dans des zones fortement impactées ou chez les consommateurs à forte consommation, des dépassements ponctuels des valeurs toxicologiques de référence (notamment pour le DEHP) peuvent survenir.
Risques potentiels pour la santé
Les additifs plastiques étudiés présentent un potentiel toxique documenté, en particulier en tant que perturbateurs endocriniens (BPA, certains phtalates), agents immunotoxiques ou cancérigènes (DEHP). Chez l’humain, des effets possibles intègrent la perturbation hormonale, des risques accrus de troubles reproducteurs, ainsi que des impacts sur la croissance et le développement neurologique.
Facteurs influençant la contamination et variabilité géographique
Les niveaux d’additifs plastiques dans les bivalves varient fortement selon :
- Le type d’habitat : zones côtières à forte densité urbaine ou industrielle présentent des concentrations accrues.
- L’espèce de bivalve : variations interspécifiques selon la capacité d’accumulation et l’écologie d’alimentation (différences entre moules, huîtres, palourdes).
- Les caractéristiques environnementales : conditions hydrodynamiques, turbidité, interactions avec le sédiment.
Des campagnes d’échantillonnage menées sur plusieurs continents indiquent une concentration particulièrement élevée en Asie de l’Est (à proximité des métropoles côtières chinoises), suivie de certaines zones méditerranéennes et nord-américaines.
Stratégies de limitation de la contamination et recommandations
Pour limiter l’exposition humaine aux additifs plastiques via la consommation de bivalves, les recommandations actuelles incluent :
- Un renforcement des contrôles de qualité sanitaire dans les zones de collecte et d’élevage.
- Le suivi analytique régulier sur les lots commercialisés, ciblant en priorité les zones à risque.
- Le développement de méthodes de purification et de décontamination avant mise à la vente.
- La sensibilisation des consommateurs, en particulier les groupes à risque tels que les femmes enceintes et les enfants, sur les quantités à consommer.
Enfin, il est indispensable de réduire la pollution plastique en amont via une meilleure gestion des déchets et la diminution de l’utilisation d’additifs potentiellement toxiques dans l’industrie plastique.
Conclusion
L’exposition alimentaire aux additifs plastiques par la consommation de bivalves représente un enjeu sanitaire émergent, en particulier autour des zones urbanisées et industrialisées. Si les niveaux moyens détectés n’impliquent pas systématiquement un risque immédiat pour la majorité des consommateurs, la surveillance continue, la gestion du risque et la réduction à la source de la pollution plastique restent des priorités pour garantir la sécurité alimentaire et limiter l’impact sanitaire potentiel sur le long terme.
Source : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0278691526001493?dgcid=rss_sd_all











