Au-delà de la surveillance humaine : Repenser le suivi de la résistance aux antimicrobiens dans le cadre One Health

Au-delà de la Surveillance Centrée sur l’Humain : Une Nouvelle Approche pour le Suivi de la Résistance aux Antimicrobiens dans le Cadre One Health

Introduction

La résistance aux antimicrobiens (RAM) est reconnue comme l’une des menaces sanitaires majeures du XXIe siècle. Traditionnellement, les systèmes de surveillance de la RAM se concentrent sur les populations humaines, négligeant ainsi l’impact des interactions complexes entre humains, animaux et environnement. Le concept One Health incite à dépasser cette vision anthropocentrée pour adopter une surveillance globale, intégrant l’ensemble des composantes écosystémiques.

Limites des Systèmes Traditionnels de Surveillance

La plupart des programmes actuels de suivi de la RAM se fondent sur l’analyse des pathogènes humains, s’attachant principalement à la détection de souches résistantes et à l’évaluation de leurs conséquences cliniques. Ce modèle, bien qu’efficace pour des interventions ciblées sur la santé humaine, ne prend en compte que partiellement les sources et les vecteurs de transmission de la résistance. Les données issues des milieux vétérinaires et environnementaux restent largement sous-exploitées, limitant ainsi la compréhension des dynamiques globales de propagation.

Problèmes Méthodologiques

  • Échantillonnage limité : Se focalisant sur les réservoirs humains, les méthodes d’échantillonnage ignorent la circulation de gènes de résistance dans le bétail, la faune ou les eaux usées.
  • Données fragmentées : Les informations collectées manquent d’intégration transversale, empêchant une évaluation systémique des flux de résistance aux antimicrobiens.
  • Sous-valorisation de l’environnement : Peu d’initiatives évaluent la contribution des sols, des plans d’eau ou des chaînes alimentaires à la diffusion de la RAM.

L’Approche One Health : Redéfinir la Surveillance

L’approche One Health promeut une vision holistique dans laquelle la santé humaine, animale et environnementale sont indissociablement liées. Pour surveiller efficacement la RAM, il convient de repenser la collecte et l’analyse des données, en intégrant toutes les interfaces pertinentes.

Composantes Clés d’une Surveillance Intégrée

  • Multiplication des points de collecte : Impliquer les secteurs de la santé humaine, vétérinaire, agricole et environnementale pour rassembler des données sur l’usage des antimicrobiens et la présence de résistances.
  • Standardisation des méthodes : Harmoniser les protocoles de prélèvement, de culture et de séquençage pour permettre la comparaison et l’agrégation des résultats entre secteurs.
  • Interopérabilité des systèmes d’information : Développer des plateformes de gestion des données capables de partager et d’interpréter des informations provenant de sources diverses.

Réseaux et Flux de Gènes de Résistance

La RAM se diffuse à travers des réseaux complexes impliquant la mobilité génétique entre espèces et milieux. Les échanges interconnectés de micro-organismes et de facteurs de résistance nécessitent un suivi fin de ces flux :

  • Transmission interspécifique : Des échanges de gènes de résistance entre la faune sauvage, les animaux domestiques et les humains, souvent facilités par le contact direct ou des vecteurs environnementaux comme l’eau.
  • Mobilome environnemental : Les éléments génétiques mobiles (plasmides, transposons) jouent un rôle central dans la dissémination de la RAM, y compris dans des milieux apparemment isolés comme les sols agricoles ou les écosystèmes aquatiques.

Vers un Nouvel Écosystème de Données

L’implémentation d’un système de surveillance One Health exige un changement de paradigme dans la gestion des données :

  • Collecte systématique et multidisciplinaire : Associer microbiologistes, épidémiologistes, écologistes et experts en santé animale pour constituer des bases de données riches et interopérables.
  • Analyses multi-échelles : Prendre en compte la diversité des échelles spatiales (du local au global) et temporelles (de la transmission aiguë aux évolutions lentes).
  • Veille génomique : Déployer de nouvelles technologies de séquençage haut débit pour caractériser la diversité génétique des résistances et suivre les émergences.

Implications Sociétales et Politiques

Une surveillance One Health de la RAM implique de revisiter les stratégies de gouvernance :

  • Coopération intersectorielle : Favoriser la collaboration entre institutions sanitaires humaines, vétérinaires et environnementales.
  • Politiques incitatives : Soutenir et financer des programmes intégrés pour l’évaluation et la maîtrise des risques liés à la RAM.
  • Sensibilisation et formation : Former les parties prenantes à la gestion des risques émergents et à la nécessité d’une réponse unifiée.

Conclusion

La surveillance de la résistance aux antimicrobiens, lorsqu’elle se limite à une perspective centrée sur l’humain, occulte des dimensions essentielles pour la maîtrise globale du phénomène. L’adoption d’une démarche One Health, fondée sur l’intégration de l’ensemble des facteurs de risque et de transmission, ouvre la voie à une surveillance plus performante, proactive et adaptée aux défis du monde contemporain.

Source : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0325754126000027?dgcid=rss_sd_all