Harmonisation des tests sérologiques SFTS : enjeu majeur pour One Health et santé publique

Harmonisation des tests sérologiques pour le syndrome fébrile sévère avec thrombocytopénie : une priorité pour la surveillance et la préparation "One Health"

Introduction

Le syndrome fébrile sévère avec thrombocytopénie (SFTS) est une infection zoonotique émergente, causée par le virus SFTS (SFTSV), qui suscite de plus en plus d’inquiétudes en santé publique et vétérinaire, notamment en Asie de l’Est. Les taux de mortalité peuvent atteindre jusqu'à 30%, soulignant l’urgence de disposer d’outils diagnostiques fiables et standardisés pour une détection précoce et une réponse rapide. Pourtant, les essais sérologiques, clefs pour la surveillance et le diagnostic, varient considérablement selon les laboratoires, impactant négativement l’efficacité de la veille sanitaire globale. L’harmonisation de ces outils sérologiques s’impose donc comme une priorité pour une stratégie « One Health », conçue pour englober la santé humaine, animale et environnementale.

La nécessité de l'harmonisation sérologique

Le SFTSV, transmis principalement par les tiques, touche divers hôtes comme les humains, les chiens, les chats et le bétail. Les manifestations cliniques chez l’homme, telles que fièvre, thrombocytopénie, leucopénie et altération de la fonction hépatique, prennent parfois une forme mortelle. La diversité des hôtes, couplée à une circulation virale rapide dans la faune, complique la détection précoce et la surveillance de l’infection. Actuellement, les tests sérologiques (ELISA, immunofluorescence, neutralisation virale) présentent des performances et des seuils de détection hétérogènes — un frein majeur à l’analyse comparative des épidémies et à la mobilisation coordonnée des autorités sanitaires.

État des lieux des essais sérologiques existants

Les essais sérologiques constituent un outil clé pour révéler tant l’exposition à long terme que les phases actives de l’infection, chez l’humain et chez l’animal. Les principaux tests utilisés sont :

  • ELISA (Enzyme-Linked Immunosorbent Assay) : Utilisé pour détecter les anticorps IgM et IgG contre SFTSV. Sa large adoption contraste avec les différences de protocoles et d’antigènes utilisés, affectant la comparabilité des résultats.
  • Immunofluorescence Indirecte (IFI) : Permet de visualiser la présence d’anticorps, mais le manque de standardisation des antigènes cellulaires utilisés entraîne des variations.
  • Test de neutralisation du virus : Gold standard pour l’évaluation de l’immunité neutralisante, mais requiert un niveau de biosécurité élevé (BSL-3) et demeure difficile à déployer massivement.

Des études ont mis en évidence que la variabilité des réactifs, des lots et des plateformes compromet l’établissement de seuils universels de détection, entraînant des résultats discordants au sein des réseaux de surveillance.

Contraintes et défis dans l’harmonisation

Plusieurs obstacles techniques entravent l’harmonisation des essais sérologiques SFTS :

  • Variabilité des antigènes : L’utilisation d’antigènes recombinants produits dans différentes plateformes (bactéries, cellules d’insectes ou mammifères) peut générer des réponses différentes selon l’espèce testée.
  • Absence de standards de référence : Il n’existe pas encore de sérums de référence internationaux validés pour le SFTSV, rendant difficile l’étalonnage des tests sur une base commune.
  • Différences inter-espèces : Les réponses immunitaires variées entre animaux de compagnie, d’élevage et humains exigent des validations croisées sur plusieurs espèces.
  • Complexité réglementaire : Les politiques nationales de biosécurité, les limitations d’export de réactifs et l’absence de cadre normatif mondial ralentissent la mutualisation des efforts.

Vers des plateformes sérologiques harmonisées

L’établissement de méthodes sérologiques harmonisées implique :

  • La création de panels de sérums référence, issus de différentes espèces hôtes et de patients à divers stades de la maladie, pour calibrer les tests.
  • Le développement de protocoles standardisés pour l’ELISA et les tests de neutralisation, incluant des critères d’acceptabilité précis pour l’utilisation en routine.
  • L’implication de réseaux internationaux de laboratoires en santé humaine et animale, coordonnées par l’OMS ou l’OIE, pour assurer une dissémination rapide des protocoles validés et homogènes.

La disponibilité de tests harmonisés facilitera les comparaisons inter-régionales, renforcera la surveillance active et, en cas d’émergence de nouveaux cas, accélérera la prise de décision et la gestion des flambées.

Implications pour la surveillance « One Health »

Le paradigme « One Health » requiert une surveillance intégrée à l’interface homme-animal-environnement. L’harmonisation sérologique permet non seulement de détecter précocement les cas humains, mais aussi de cartographier la circulation du virus au sein des populations animales, identifiant ainsi les réservoirs et les vecteurs majeurs. Cette synergie renforce la préparation aux futures épidémies, optimise le déploiement des contre-mesures et favorise une réponse coordonnée lors d’alertes sanitaires.

Conclusion et recommandations clés

La mise en place de tests sérologiques harmonisés contre le SFTSV est impérative pour la veille sanitaire « One Health » et la riposte rapide aux épidémies. Il est crucial de favoriser la collaboration internationale, de développer des panels de sérums standardisés et de promouvoir des protocoles communs robustes pour l’ensemble des acteurs impliqués, des laboratoires aux agences de santé. Cette démarche structurée consolidera la détection, la surveillance et la préparation globale à cette menace émergente.

Source : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2352771426000510?dgcid=rss_sd_all