Cadre One Health : évaluer le retour sur investissement de la gestion des antimicrobiens en élevage
Cadre One Health pour évaluer le retour sur investissement des programmes de gestion des antimicrobiens chez les animaux d’élevage
Introduction
La montée préoccupante de la résistance aux antimicrobiens (RAM) menace la santé humaine, animale et environnementale à l’échelle mondiale. Face à cet enjeu, le secteur de l’élevage est pointé comme un acteur clé dans la dissémination de la RAM, en raison de l’usage intensif de ces molécules dans la production animale. Mettre en place des programmes efficients de gestion des antimicrobiens requiert une approche intégrée basée sur le concept One Health, afin d’optimiser la santé globale tout en tenant compte des investissements réalisés.
Approche méthodologique du cadre One Health
Le cadre analytique présenté vise à mesurer de manière exhaustive les coûts et les bénéfices des interventions de gestion des antimicrobiens à l’échelle du secteur de l’élevage. Cette méthode combine :
- Analyse économique : Évaluation des coûts directs et indirects des programmes (formation, surveillance, modifications des pratiques d’élevage)
- Estimation des bénéfices pour la santé : Impacts positifs sur la morbidité et la mortalité animales et humaines, prise en compte de la réduction de la résistance développée
- Bénéfices écosystémiques : Mesure de l’effet sur la biodiversité, la résilience des écosystèmes et la qualité de l’environnement
Ce cadre multidimensionnel repose sur des indicateurs harmonisés permettant d’interpréter les résultats au prisme des enjeux sanitaires globaux et de la rentabilité économique.
Évaluation des coûts et des bénéfices
Coûts directs et indirects pour le secteur de l'élevage
Les dépenses associées à la mise en œuvre des politiques de gestion comprennent :
- Investissement initial dans la formation des éleveurs et vétérinaires
- Coûts opérationnels liés à la surveillance et au reporting des usages d’antimicrobiens
- Moyens matériels nécessaires pour le suivi microbiologique et la gestion des prescriptions
- Potentiel impact économique lié à la diminution temporaire de la productivité animale
Bénéfices sanitaires pour les populations animales et humaines
La réduction des prescriptions d’antimicrobiens, couplée à une amélioration des pratiques d’élevage, génère :
- Baisse de la morbidité et de la mortalité liée aux infections résistantes chez l’humain et l’animal
- Limitation du transfert des agents pathogènes résistants entre les élevages et la population humaine via l’alimentation ou l’environnement
- Diminution des jours d’hospitalisation et du coût des traitements pour les humains
Retombées environnementales du stewardship
L’usage raisonné d’antimicrobiens diminue la présence de résidus dans les eaux, sols et sédiments. Cela permet de :
- Conserver la diversité microbienne environnementale essentielle à la santé des écosystèmes agricoles
- Réduire le risque d’émergence de nouveaux réservoirs de résistances microbiologiques dans l’environnement
Optimisation et retour sur investissement (ROI)
Méthodes d'estimation du ROI
Le cadre One Health propose d’estimer le ROI en confrontant l’ensemble des coûts investis à la somme des bénéfices générés :
- Calcul du ratio bénéfice-coût avec intégration des retombées socio-économiques, sanitaires et environnementales, sur le court et le long terme
- Prise en compte des paramètres de sensibilité issus de différents scénarii d’application et de surveillance, selon la région géographique ou l’espèce animale considérée
Facteurs influençant la rentabilité des mesures
Certains déterminants clés modulent la rentabilité des interventions, notamment :
- Structure vaccinale, densité animale, systèmes d’élevage en place
- Niveau de sensibilisation des professionnels à la RAM
- Conditions réglementaires et incitations économiques nationales
- Capacité à tracer et quantifier l’évolution des indicateurs épidémiologiques et économiques
Intégration des parties prenantes et surveillance durable
La réussite d’un programme de gestion antimicrobienne dépend d’une forte coordination entre les parties prenantes : éleveurs, vétérinaires, autorités sanitaires, secteur pharmaceutique et société civile. Le cadre encourage :
- Une gouvernance partagée du programme, garantissant l’adhésion et la mobilisation de chacun
- Le développement de systèmes d’information adaptés pour la traçabilité et la transparence
- La valorisation des retours d’expérience pour ajuster les politiques de gestion
Limites et perspectives du cadre proposé
Si ce cadre analytique One Health est conçu pour une application mondiale, son déploiement réel dépend de la qualité des données disponibles et de l’engagement politique. Une adaptation aux contextes régionaux est nécessaire :
- Renforcement des capacités locales pour la collecte de données fiables
- Déclinaison des indicateurs pour différents contextes d’élevage (intensif, extensif)
- Évolution des politiques publiques pour intégrer systématiquement la RAM dans les évaluations de santé globale
Recommandations et perspectives pour la recherche
- Développer des modèles économétriques plus fins couvrant l’impact à long terme de la gestion antimicrobienne
- Favoriser la standardisation des indicateurs « One Health » pour une comparaison internationale des interventions
- Encourager les recherches interdisciplinaires pour explorer les synergies entre santé animale, humaine et environnementale, participant pleinement à la lutte contre la résistance aux antimicrobiens
Conclusion
Un cadre One Health robuste est indispensable pour évaluer avec précision la rentabilité des investissements dans la gestion des antimicrobiens en élevage et garantir la durabilité sanitaire globale. En combinant analyse économique, surveillance sanitaire et prise en compte de l’environnement, ce modèle guide les décideurs vers des politiques rationnelles et efficaces face à la RAM.
Source : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2352771425002241?dgcid=rss_sd_all











