One Health : Optimiser le retour sur investissement de la gestion des antimicrobiens en élevage

Cadre One Health : Évaluer les Retours Économiques sur Investissement de la Gestion des Antimicrobiens en Élevage

Introduction au concept One Health et à la gestion des antimicrobiens

La résistance aux antimicrobiens (RAM) constitue l’une des menaces sanitaires mondiales majeures du XXIe siècle, affectant la santé humaine, animale et environnementale. Le concept One Health met l’accent sur l’interdépendance de ces trois sphères. Dans ce contexte, la gestion des antimicrobiens (AMS) en élevage est stratégique pour protéger la santé publique, pérenniser l’efficacité des antimicrobiens et réduire les coûts induits par les infections résistantes.

Méthodologie d’évaluation des investissements en AMS

L’évaluation du retour sur investissement (ROI) des initiatives d’AMS en élevage adopte un cadre multi-sectoriel. Il intègre des évaluations économiques traditionnelles (analyse coût-bénéfice, analyse coût-efficacité), mais prend également en compte les impacts indirects sur la santé humaine, les externalités environnementales et le bien-être animal.

L’approche structurée consiste à :

  • Définir les objectifs de l’AMS (réduction de la prescription, optimisation des pratiques d’élevage, surveillance renforcée).
  • Cartographier les flux d’antimicrobiens et identifier les points d’intervention prioritaires.
  • Calculer les coûts directs (formation, systèmes de surveillance, modifications des pratiques).
  • Estimer les bénéfices, dont la diminution des infections résistantes et des pertes de production.

Enjeux économiques de l’AMS en élevage

Les principaux facteurs économiques à considérer comprennent :

  • Coût des interventions : investissements dans la prévention des maladies, adaptation des systèmes d’exploitation, rémunération des professionnels de santé animale, dépenses en tests de diagnostic rapides.
  • Gains sur la performance : baisse des taux de morbidité/mortalité, amélioration de la qualité des produits, accès à de nouveaux marchés liés à la conformité réglementaire.
  • Coût d’opportunité : changement de protocoles médicaux/remplacement des antibiotiques par des alternatives (probiotiques, meilleures pratiques d’hygiène), qui peuvent engendrer des fluctuations initiales dans la productivité.

Retours économiques pour la santé animale, humaine et pour l'environnement

Impacts directs sur la santé animale

La réduction de l’usage d’antimicrobiens permet de :

  • Diminuer l’incidence des maladies liées à la RAM.
  • Réduire la dépendance aux antibiotiques en prévention, favorisant la résilience immunitaire des cheptels.
  • Améliorer la rentabilité via une baisse des pertes de bétail et des dépenses en traitements curatifs.

Retombées pour la santé humaine

La gestion efficace des antimicrobiens en élevage entraîne :

  • Une moindre transmission de bactéries résistantes à l’homme, notamment par la chaîne alimentaire ou l’environnement.
  • Une réduction de la charge hospitalière liée aux infections résistantes, limitant les coûts médicaux et sociaux.

Effets sur l’environnement

Des pratiques d’AMS appropriées :

  • Limite la dissémination des résidus d’antimicrobiens dans les sols et les eaux, réduisant la pollution et la pression sélective dans l’environnement.
  • Contribue au maintien de la biodiversité microbienne des écosystèmes locaux.

Modélisation du retour sur investissement des politiques d’AMS

L’évaluation économique de ces politiques repose sur des outils de modélisation avancés, intégrant des données quantitatives issus des filières animales et des métriques épidémiologiques.

Les résultats des simulations révèlent que les investissements dans l’AMS ont tendance à générer :

  • Un rendement financier positif sur le moyen/long terme, grâce à la réduction progressive de la prévalence de la RAM, à condition que les mesures soient soutenues et correctement calibrées.
  • Des bénéfices dits « externes » tangibles et mesurables, dont la stabilité des marchés agricoles et la confiance des consommateurs.

Le rôle clé des politiques et des aides incitatives

La réussite des programmes d’AMS dépend d’un engagement coordonné des acteurs publics et privés. Les approches intégrées impliquent :

  • Des incitations financières à l’adoption de pratiques responsables (subventions, primes à la qualité, dispositifs de labellisation).
  • Des cadres réglementaires harmonisés favorisant la coopération entre secteurs de la santé, de l’agriculture et de l’environnement.
  • Un renforcement des infrastructures de surveillance et de formation continue des professionnels.

Limites méthodologiques et pistes de recherche futures

Les analyses ROI actuelles présentent certaines limites :

  • Difficulté à quantifier précisément les externalités positives sur l’ensemble du système de santé.
  • Absence de standardisation internationale dans les méthodologies d’évaluation.
  • Évolution constante des pratiques d’élevage et de l’écologie bactérienne, nécessitant des mises à jour régulières.

Des recommandations pour la recherche incluent :

  • Développer des indicateurs multidimensionnels harmonisés pour le suivi global.
  • Renforcer les études sur la transférabilité des retours économiques entre pays et systèmes de production.

Conclusion

L’intégration du cadre One Health dans l’évaluation économique des politiques de gestion des antimicrobiens en élevage se révèle indispensable pour accompagner la transition vers une agriculture durable et responsable. Un investissement stratégique dans l’AMS génère un impact sanitaire, environnemental et économique significatif, conditionné par la coopération interdisciplinaire et l’alignement des incitations publiques et privées.

Mots-clés : One Health, retour sur investissement, gestion des antimicrobiens, élevage, analyse économique, résistance aux antimicrobiens, santé publique, développement durable

Source : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2352771425002241?dgcid=rss_sd_all