Prévalence mondiale des co-infections Borrelia burgdorferi, Anaplasma phagocytophilum et Babesia microti : synthèse systématique
Prévalence mondiale des co-infections Borrelia burgdorferi, Anaplasma phagocytophilum et Babesia microti : Analyse systématique et méta-analyse
Introduction
La maladie de Lyme, principalement causée par Borrelia burgdorferi, est la maladie transmise par les tiques la plus répandue dans l'hémisphère nord. Toutefois, les tiques peuvent également transmettre d’autres agents pathogènes tels qu’Anaplasma phagocytophilum (agent de l’anaplasmose granulocytaire humaine) et Babesia microti (agent de la babésiose). Les co-infections impliquant ces trois pathogènes compliquent le diagnostic, le traitement et le pronostic clinique des patients. Cette étude synthétise, via revue systématique et méta-analyse, la prévalence mondiale des co-infections par ces agents, mettant en lumière leurs impacts en santé publique.
Méthodologie
Une analyse systématique a été conduite selon les recommandations PRISMA, couvrant les publications scientifiques jusqu’en 2024 via des bases telles que PubMed, Web of Science et Scopus. Les articles éligibles rapportaient la co-occurrence de B. burgdorferi, A. phagocytophilum et/ou B. microti, détectés par PCR, sérologie ou isolement direct chez l’humain, les animaux ou les tiques. Les effectifs, origines géographiques, méthodes de détection et taux de co-infection déclarés ont été extraits puis analysés statistiquement à l’aide de modèles d’effet aléatoire.
Résultats
Prévalence mondiale de la co-infection chez l’humain
La prévalence globale de la co-infection B. burgdorferi/A. phagocytophilum/B. microti chez l’homme est estimée à 4-5% (IC 95% : 2-8%), avec une hétérogénéité marquée selon les régions. La co-infection la plus fréquente est B. burgdorferi avec B. microti, suivie par B. burgdorferi avec A. phagocytophilum, puis la triple infection.
Répartition régionale
- Amérique du Nord : prévalence supérieure à 6% dans le nord-est des États-Unis, particulièrement dans les zones endémiques.
- Europe : taux moyens inférieurs (1-3%), mais régions d’Europe centrale présentent des foyers plus élevés.
- Asie : données limitées, mais présence confirmée des trois pathogènes en Chine et en Russie avec faible prévalence de co-infection.
Prévalence chez les vecteurs et réservoirs animaux
Tiques
- Ixodes scapularis (Amérique du Nord) et Ixodes ricinus (Europe) montrent des co-infections dans 3-12% des tiques analysées, avec une prévalence maximale pour le duo B. burgdorferi/B. microti.
Réservoirs animaux
- Les mammifères forestiers (souris à pattes blanches, campagnols, blaireaux européens) servent fréquemment de réservoirs à co-infections, participant activement au maintien éco-épidémiologique des pathogènes.
Facteurs de variation de la co-infection
Plusieurs facteurs influencent la prévalence des co-infections :
- Diversité des hôtes et vecteurs : La présence d’une faune riche en hôtes compétents augmente la probabilité de co-infection.
- Facteurs environnementaux : Les habitats fragmentés et la densité de tiques favorisent la circulation simultanée de plusieurs pathogènes.
- Méthodologies de détection : Les différences dans les techniques analytiques expliquent partiellement l’hétérogénéité des taux de co-infections rapportées.
Implications cliniques
La présence de co-infections complique le tableau clinique :
- Symptomatologie polymorphe : Les co-infectés présentent des symptômes plus sévères et persistants, associant fièvre, arthralgies, myalgies, et signes d’anémie ou de thrombopénie.
- Diagnostic difficile : Les co-infections sont souvent sous-estimées par les techniques standards, d’où l’intérêt d’une vigilance accrue lors des diagnostics différentiels.
- Traitements ajustés : Les co-infections nécessitent fréquemment l’adjonction d’antiparasitaires (babésiose) aux antibiotiques (Lyme/anaplasmose).
Surveillance et recommandations
Le suivi épidémiologique coordonné et l’amélioration des protocoles de détection s’avèrent essentiels. Les co-infections, en constante augmentation, invitent les cliniciens à envisager des diagnostics multiplexes lors de morsures de tiques ou d’apparition de symptômes évocateurs, surtout dans les zones à prévalence élevée.
Mesures recommandées
- Renforcement des capacités de diagnostic moléculaire et sérologique.
- Surveillance coordonnée des pathogènes chez l’homme, les animaux et les tiques.
- Formation continue des professionnels de santé sur les risques de co-infections.
Conclusion
La co-infection par B. burgdorferi, A. phagocytophilum et B. microti n’est pas rare dans l’hémisphère nord et représente un enjeu majeur pour la santé publique et la pratique clinique. Les résultats de cette revue systématique et méta-analyse soulignent l’importance d’une approche holistique, intégrant surveillance, prévention et adaptation des stratégies thérapeutiques face au risque croissant de co-infections transmises par les tiques.
Source : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2052297525000605?dgcid=rss_sd_all











