Surveillance sur huit ans de la paratuberculose à Mycobacterium avium subsp. paratuberculosis chez des cerfs sika d’élevage

Surveillance sur huit ans de l'infection à Mycobacterium avium subsp. paratuberculosis dans un troupeau de cerfs sika d’élevage

Introduction

L'infection à Mycobacterium avium subsp. paratuberculosis (MAP) – responsable de la paratuberculose – représente un enjeu sanitaire majeur dans les élevages de ruminants, y compris chez le cerf sika (Cervus nippon). Cette maladie chronique provoque une entérite granulomateuse et engendre des pertes économiques substantielles, dues à une réduction de la croissance, une mortalité accrue ainsi qu’une diminution de la productivité. L’étude dont il est question porte sur huit années de surveillance continue d’un troupeau d’élevage de cerfs sika, permettant d’évaluer la dynamique de l’infection par MAP et l’efficacité des stratégies de gestion appliquées.

Contexte de l’étude

Les cerfs sika sont particulièrement sensibles à la paratuberculose. Dans les systèmes d’élevage intensifs, leur exposition au MAP est fréquente, en particulier chez les jeunes animaux par transmission oro-fécale. Le suivi longitudinal de la prévalence et des évolutions cliniques dans le troupeau est fondamental pour mettre en place des mesures de contrôle pertinentes et limiter la propagation du pathogène.

Méthodologie

Description du troupeau et plan de surveillance

L’étude s’est déroulée de 2014 à 2022 dans un élevage commercial de cerfs sika, comprenant un effectif compris entre 120 et 150 animaux. Un programme de surveillance annuelle a été mis en place, axé sur l’identification précoce des individus infectés et la gestion sanitaire du troupeau.

Dépistage et diagnostic

  • Échantillonnage : Tous les animaux âgés de plus de six mois ont été prélevés chaque année.
  • Méthodes de détection : Des tests sérologiques ELISA et des PCR sur fèces ont été employés pour détecter la présence de MAP. Lors de suspicions cliniques, des analyses histopathologiques complémentaires ont été réalisées post-mortem.
  • Évaluation clinique : Les cerfs montrant des signes évocateurs (amaigrissement, diarrhée chronique) étaient prioritaires dans le dépistage.

Résultats

Prévalence et incidence de l’infection

  • Prévalence initiale : Au début de l'étude, une prévalence sérologique supérieure à 18% a été constatée.
  • Évolution temporelle : Au fil des huit ans, une tendance générale à la diminution de la prévalence a été observée, avec un taux ramené sous 10% lors de la dernière année grâce à la mise en place des mesures correctives.
  • Incidence annuelle : Les pics d’incidence ont été corrélés avec l’introduction de nouveaux reproducteurs et des densités animales élevées.

Transmission et facteurs de risque

L’analyse a démontré que les veaux contractaient majoritairement l’infection dans leur première année, principalement par ingestion de fèces contaminées. Les facteurs de risque majeurs identifiés comprenaient :

  • Des pratiques d’élevage impliquant la cohabitation prolongée entre jeunes et adultes
  • Le maintien d’animaux infectés dans le troupeau
  • L’absence de quarantaine lors de l’introduction de nouveaux sujets

Conséquences cliniques et économiques

  • Symptomatologie : Les animaux infectés ont développé une entérite chronique, se manifestant principalement par une diarrhée récurrente et un amaigrissement sévère, entraînant dans certains cas la mort.
  • Conséquences économiques : Une baisse significative du poids de carcasse et du taux de croissance, ainsi qu’une hausse du taux de mortalité ont été relevées pendant les années où l’incidence a culminé.

Gestion et stratégies de contrôle

Mesures adoptées

Plusieurs actions correctives ont permis une diminution progressive de la charge infectieuse :

  • Réduction de la densité animale : Désengorgement des enclos afin de limiter la transmission oro-fécale.
  • Séparation des classes d’âge : Isolement des faons et des jeunes afin d’éviter la contamination précoce.
  • Élimination des animaux positifs : Réforme systématique des animaux dont les tests étaient positifs de manière récurrente.
  • Renforcement de la biosécurité : Introduction de protocoles stricts de désinfection et de surveillance à l’entrée des nouveaux animaux.

Impact mesuré

Ces mesures ont diminué la prévalence et limité les flambées de la maladie. Toutefois, l'éradication totale du MAP n’a pas été atteinte en raison de la difficulté à détecter les porteurs asymptomatiques et de la persistance environnementale du pathogène.

Perspectives et recommandations

L’expérience acquise à travers cette étude longitudinale éclaire l’importance d’une surveillance régulière et d’une gestion proactive. Il apparaît essentiel de choisir des tests de diagnostic combinés (sérum et fèces) et d’adopter une politique de réforme stricte pour les sujets infectés. L’application conjointe de ces mesures, couplée à une biosécurité accrue, optimise les chances de réduire l’impact sanitaire et économique lié au MAP dans les cheptels de cerfs sika.

Un point crucial reste l’amélioration du dépistage précoce, notamment via le développement de tests plus sensibles, et la formation continue des éleveurs à la reconnaissance des signes cliniques précoces.

Conclusion

Cette surveillance sur huit ans met en évidence que, bien que la paratuberculose persiste dans les élevages de cervidés, une stratégie intégrée de contrôle centrée sur le dépistage, l’isolement et la gestion rigoureuse des effectifs permet de réduire significativement la prévalence de l’infection et ses conséquences économiques. La collaboration étroite entre vétérinaires et éleveurs demeure essentielle pour maîtriser la maladie et protéger la rentabilité des élevages.

Source : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0378113525003736?dgcid=rss_sd_all