Contribution des PFAS présents dans l’alimentation à l’exposition humaine : analyse et recommandations pour la Belgique
PFAS dans les aliments : Analyse de leur contribution à l'exposition humaine en Belgique
Introduction aux PFAS et à la problématique alimentaire
Les substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS) représentent une vaste famille de composés chimiques industriels largement répandus dans l'environnement. Grâce à leurs propriétés uniques – résistance à la chaleur, à l'eau et à certaines graisses – les PFAS sont intégrés dans de nombreux procédés industriels et biens de consommation. Néanmoins, leur stabilité chimique contribue à une persistance environnementale et à un potentiel d'accumulation dans la chaîne alimentaire. Ce phénomène soulève des préoccupations sanitaires croissantes, en particulier en ce qui concerne l'exposition humaine par l'alimentation, principal vecteur d'absorption hors contextes professionnels.
En Belgique, une étude approfondie, combinant analyses alimentaires et évaluations d'exposition, vise à quantifier la prévalence des PFAS dans divers aliments couramment consommés, tout en estimant leur contribution à l'imprégnation totale de la population.
Méthodologie : Échantillonnage et analyses analytiques
L’étude a suivi une approche rigoureuse, sélectionnant méthodiquement un large éventail d’aliments correspondant aux habitudes alimentaires nationales. Les groupes analysés incluaient :
- Fruits et légumes
- Produits céréaliers
- Lait et produits laitiers
- Viandes et substituts de viande
- Poissons et produits de la mer
- Œufs
- Eau potable et boissons
- Aliments transformés
Chacun de ces sous-groupes a été passé au crible, totalisant plus de cinquante matrices alimentaires distinctes. Les analyses, menées en spectrométrie de masse à haute résolution (HRMS), se sont concentrées sur plusieurs PFAS prioritaires, tels que l’acide perfluorooctanesulfonique (PFOS), l’acide perfluorooctanoïque (PFOA) et d’autres homologues couramment détectés dans l’environnement.
Résultats principaux : Prévalence et concentration des PFAS
Les résultats ont révélé la présence de PFAS dans la majorité des groupes alimentaires testés, avec des disparités substantielles selon la matrice. Les niveaux détectés se situent majoritairement dans la fourchette des valeurs attendues au plan européen, mais présentent néanmoins des spécificités :
- Poisson, crustacés et mollusques : Ces catégories, notamment les poissons gras (saumon, maquereau), affichent des concentrations de PFOS et PFOA supérieures à celles mesurées dans les autres groupes alimentaires. Le bioaccumulation ascendante dans la chaîne trophique marine en constitue le principal facteur explicatif.
- Œufs et abats : Les oeufs, en particulier ceux produits hors cages, illustrent également des taux mesurables de PFAS, reflétant probablement l’exposition environnementale indirecte des animaux.
- Produits végétaux et céréaliers : Ces denrées demeurent généralement en dessous des seuils de quantification pour la plupart des analytes examinés.
La variabilité inter-échantillons met en lumière l’impact de la provenance géographique, du mode de production et des procédés de transformation sur la teneur finale en PFAS des aliments.
Estimation de l’exposition alimentaire aux PFAS
L’évaluation de l’exposition totale de la population belge s’est appuyée sur l’intégration des concentrations moyennes relevées avec les données de consommation alimentaire issues de l’enquête nationale. Cette modélisation a permis de calculer l’apport journalier estimé (AJE) en PFOS, PFOA et autres homologue pour différents groupes d'âge et de population.
- Chez les enfants, la proportion de la dose journalière tolérable (DJT) est systématiquement supérieure, due à une consommation relative accrue de certains aliments (poisson, œufs) par rapport au poids corporel.
- Chez les adultes, l’AJE reste en deçà des seuils de sécurité posés par l’EFSA, sauf dans le cas de gros consommateurs de poisson ou de produits d’origine aquatique.
- Globalement, les poissons et produits issus de la mer demeurent la principale source d’exposition alimentaire.
Implications sanitaires et recommandations
L’étude démontre que l’alimentation constitue le principal vecteur d’exposition non professionnelle aux PFAS en Belgique, en cohérence avec les observations européennes. Si les niveaux globaux demeurent, pour la majorité de la population, sous les seuils d’alerte, la vigilance reste de mise, particulièrement pour les populations à risque (enfants, femmes enceintes, gros consommateurs de produits de la mer).
Par ailleurs, plusieurs recommandations émergent :
- Poursuivre et renforcer la surveillance de la contamination des denrées alimentaires, notamment les produits de la mer.
- Sensibiliser les consommateurs aux sources potentielles de PFAS et favoriser une alimentation variée afin de limiter les expositions cumulées.
- Perfectionner les méthodes analytiques pour mieux quantifier les PFAS dits émergents et comprendre leur devenir dans l’organisme.
- Encourager la recherche et l’innovation dans les techniques agricoles et industrielles pour réduire la contamination à la source.
Perspectives et développements futurs
L’évolution constante des connaissances sur la toxicité chronique des PFAS impose une vigilance scientifique et réglementaire. L’intégration continue des avancées analytiques, toxicologiques et épidémiologiques permettra d’affiner l’évaluation des risques et la gestion de ces substances dans la chaîne alimentaire. De nouvelles investigations, notamment sur les effets de mélanges complexes de PFAS, sont indispensables pour protéger durablement la santé publique.
Source : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2214799325000918?dgcid=rss_sd_all











