Contrôle des Helminthes chez les Équidés en France : Enquête Nationale sur les Pratiques et Perspectives

Pratiques de Contrôle des Helminthes chez les Détenteurs d'Équidés en France : Résultats d’une Enquête Nationale

Introduction

La gestion des helminthes chez les chevaux demeure une priorité en santé animale, du fait de l’impact significatif de ces parasites sur le bien-être et la performance des équidés. Dans ce contexte, une large enquête nationale menée en France a permis de dresser un panorama actualisé des pratiques de contrôle adoptées par les détenteurs d’équidés, d’identifier les points forts et faiblesses de leurs stratégies, et de cerner les perspectives d’évolution, notamment face à la problématique croissante de la résistance aux anthelminthiques.

Méthodologie de l’Enquête

Une enquête en ligne, structurée et basée sur questionnaire, a été diffusée à l’échelle nationale de janvier à mars 2024. Elle ciblait différents profils de détenteurs d’équidés : propriétaires individuels, gestionnaires de centres équestres, professionnels de l’élevage et éleveurs amateurs. Les objectifs portaient sur l’évaluation des modes d’administration des anthelminthiques, la fréquence des traitements, l’usage des diagnostics coproscopiques, ainsi que la perception et la connaissance du phénomène de résistance aux antiparasitaires.

Profil des Répondants et Typologie des Structures

  • Répartition géographique : Toutes les régions françaises ont été couvertes, avec une surreprésentation des départements à forte densité équine (Normandie, Pays de la Loire, Nouvelle-Aquitaine).
  • Type de structure : Les centres équestres et écuries de propriétaires (43 %) prédominaient, suivis de près par les éleveurs professionnels (36 %) et les particuliers (21 %).
  • Nombre d’équidés par site : La médiane se situait à 12 animaux par site, allant de propriétaires d’un seul cheval à des exploitations regroupant plus de cent équidés.

Stratégies Anthelminthiques

Protocoles de Traitement Adoptés

La majorité des détenteurs (66 %) appliquent un schéma de traitements systématiques, administrant des anthelminthiques à des périodes fixes de l’année. Seuls 24 % déclarent ajuster la fréquence des traitements selon les résultats d’analyses coproscopiques ou les facteurs de risque. Une minorité (10 %) pratique une gestion individualisée, tenant compte de l'état de chaque cheval, de son âge, ou de son niveau d’exposition.

Classes d’Anthelminthiques Utilisées

Les produits les plus couramment employés restent l’ivermectine et le moxidectine, associés ou non à des lactones macrocycliques. Le recours aux benzimidazoles et à la pyrantel est rapporté de façon plus occasionnelle, principalement en rotation ou lors de protocoles alternatifs.

Fréquence et Modalités d’Administration

  • Fréquence type : Deux traitements par an (printemps/automne) constituent la norme (57 % des cas). Certains exploitants pratiquent trois voire quatre traitements annuels, notamment dans les élevages intensifs.
  • Formes galéniques : L’administration orale en pâte prédomine très largement ; le recours aux formulations injectables est anecdotique.
  • Dose et pesée : Même si 79 % des répondants déclarent peser ou estimer le poids des chevaux avant traitement, plus de 30 % admettent qu’une approximation est souvent faite, risquant de favoriser le sous-dosage.

Recours au Diagnostic Coproscopique

Malgré une prise de conscience croissante de son utilité, seule une minorité (18 %) des répondants déclare avoir recours aux analyses coproscopiques de manière régulière. Les freins principaux identifiés sont le coût, la complexité perçue du recours à des analyses externes, le manque d’accessibilité des laboratoires, et le manque de sensibilisation quant à leur intérêt pour la lutte contre la résistance.

Modes et Fréquence des Analyses

  • Analyses pratiquées : Le comptage des œufs par gramme (OPG) reste la méthode privilégiée, suivi par des tests de réduction de l’excrétion après traitement.
  • Fréquence : La grande majorité de ceux pratiquant le diagnostic coproscopique le font une à deux fois par an, souvent sur un échantillon représentatif du troupeau plutôt que sur chaque individu.

Perception de la Résistance aux Anthelminthiques

Parallèlement à la généralisation des traitements, la résistance aux anthelminthiques s’avère une préoccupation réelle chez les professionnels : 61 % affirment être conscients du phénomène, mais seulement 14 % pensent en avoir déjà été confrontés. Beaucoup reconnaissent toutefois une persistance des infestations malgré les interventions régulières, sans associer systématiquement ce constat à un problème de résistance.

Facteurs d’Influence sur les Pratiques

L’analyse des réponses met en évidence l’impact déterminant de l’expérience du détenteur, de son niveau de formation et de conseil reçu (notamment vétérinaire), mais aussi de la pression économique. La recherche de solutions plus durables reste freinée par l’impératif de simplicité, de coût et de disponibilité des produits et services.

Perspectives et Recommandations

Pour optimiser le contrôle parasitaire et limiter la progression de la résistance, l’enquête souligne l’importance :

  • De la formation proactive: Informer davantage les détenteurs sur les enjeux du surtraitement et la valeur ajoutée des diagnostics coproscopiques.
  • D’une gestion raisonnée des traitements: Promouvoir les approches sélectives basées sur les résultats d’analyses, notamment chez les chevaux adultes à faible risque.
  • De la coordination interprofessionnelle: Favoriser le dialogue entre vétérinaires, gestionnaires d’écurie, éleveurs et laboratoires pour mutualiser les bonnes pratiques et innovations.

Conclusion

Cette enquête nationale révèle une situation contrastée : si la majorité des exploitations applique encore des calendriers de traitements systématiques, la demande de stratégies plus raisonnées progresse, portée par une meilleure sensibilisation à la résistance et à l'intérêt du diagnostic. Les marges de progrès résident essentiellement dans la formation, l’accompagnement technique, l’accessibilité aux diagnostics, et la valorisation des approches intégrées pour un contrôle efficace et durable des helminthes chez les équidés en France.

Source : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0167587725002806?dgcid=rss_sd_all